Condamnation de Grenade « En matière judiciaire, il n’y a rien de pire que d’être condamné pour des faits qu’on a pas commis » Par Maître Traoré

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Le vendredi 4 juin 2021, La chambre criminelle de la Cour d’appel de Conakry a confirmé le jugement rendu par le Tribunal criminel de Dixinn contre le célèbre Boubacar Diallo dit Grenade.

Pour mémoire, ce jugement l’avait condamné à une peine de dix ans de réclusion assortie d’une période de sûreté de cinq ans, pour tentative de meurtre et détention illégale d’armes de guerre.

Ce qui est surprenant, c’est que durant tout le procès tant en première instance qu’en appel, aucune victime n’a comparu devant les juges et aucune arme n’a été présentée comme celle détenue par Boubacar Diallo dit Grenade.

Pas de victime, pas d’arme du crime.

L’accusation a parlé de gendarmes sur lesquels il aurait ouvert le feu. Il n’a jamais été confronté à ces derniers ni devant le juge d’instruction ni devant la juridiction de jugement. Malgré cela, la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Conakry a confirmé le jugement de condamnation.

Ce jeune n’est peut-être pas un enfant de cœur; il n’est peut-être pas un ange. Mais il n’était pas jugé pour cela. Les juges n’étaient saisis que de la question de savoir si l’accusation de tentative de meurtre et celle de détention illégale d’armes de guerre articulées contre lui étaient fondées.

Du début à la fin du procès, il n’y a eu aucun élément de preuve permettant d’asseoir sa culpabilité. Tout était basé sur des déclarations de gendarmes sur lesquels il aurait tiré avec un PMAK, arme que personne n’a vue. Or, on sait que le juge ne doit fonder sa décision que sur des éléments de preuve qui lui ont été apportés et contradictoirement discutés devant lui.

Mais, apparemment, sa condamnation était déjà programmée; il était déjà décidé quelque part qu’il fallait déclarer coupable Boubacar Diallo, avec ou sans preuve. L’essentiel étant de faire accepter la thèse selon laquelle il y a des citoyens porteurs d’armes pendant les manifestations de l’opposition et qui n’hésitent pas à en faire usage contre les forces de l’ordre. Dorénavant, dès qu’on parlera de manifestants armés, on citera le cas « Grenade » pour étayer les nombreuses déclarations officielles selon lesquelles les forces de l’ordre n’ont jamais utilisé des armes letales dans le maintien d’ordre.

Cette grossière manipulation va malheureusement coûter à un innocent plusieurs années de liberté. Il est déjà en prison depuis cinq années. En matière judiciaire, il n’y a rien de pire que d’être condamné pour des faits qu’on a pas commis.

Que Dieu préserve chacun d’entre nous de l’injustice.



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