Tibou Kamara, figure de la décadence morale et politique de la Guinée ( Par Amadou Sadjo BARRY)

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Figure centrale de la dictature politique ces dernières années, Tibou Kamara est certainement celui qui incarne le mieux la décadence politique et morale de la Guinée. Une décadence morale tout d’abord, parce que l’itinéraire politique de Tibou Kamara est le miroir d’une classe politique guinéenne et des autorités morales et religieuses incapables de s’engager en faveur d’un attachement à une éthique minimale, celle de la reconnaissance et du respect de la valeur de la dignité humaine. On voit comment les sens de la justice, de l’égalité, de l’humanité, du droit et du bien sont sacrifiés sous l’effet d’une complicité terrible entre les acteurs politiques et les « représentants » dits de la société civile d’une part et, d’autre part, entre les acteurs politiques et les notabilités des différentes communautés ethniques.

L’histoire politique de la Guinée post coloniale, c’est aussi l’histoire d’une absence de moralité collective et d’une éthique individuelle. C’est en ce sens que Tibou Kama et bien d’autres sont les fils légitimes de cette vacance des principes en Guinée : des hommes et des femmes sans principes qui, au gré des conjonctures et des intérêts économiques, sacrifient leur dignité et acceptent d’être des sujets d’un chef tyrannique ayant fait le choix de confondre le Guinéen à une tortue. 

Ce dont souffre notre pays, ce n’est pas avant tout d’un manque d’institutions politiques effectives et légitimes. Du moins, l’absence d’institutions crédibles n’est que la conséquence d’une faillite politique et morale des acteurs et décideurs politiques. Une faillite assumée, dont témoigne la personnalité de Tibou Kamara. Pour ce dernier, comme pour beaucoup des gardiens du troisième mandat, il n’y a pas de frontière entre le bien et le mal, la légalité se confond à l’illégalité, la souveraineté n’est que l’autre nom de la dépendance, la dictature signifie la démocratie. Autrement dit, tout est relatif, et rien, même la dignité humaine, ne peut avoir de la valeur indépendamment des intérêts liés à la domination du champ politique. Ainsi, pour le portevoix de la république du troisième mandat, la Guinée va bien, très bien même : les pouvoirs publics sont indépendants ; il n’y a pas de prisonniers politiques, mais de fauteurs de trouble ; la jeunesse n’est pas désabusée ; les systèmes de santé et d’éducation sont fonctionnels ; l’État existe et fonctionne ; toutes les communautés ethniques sont équitablement représentées au niveau de la fonction dite publique ; il n’y a pas de chômage endémique ; les droits de la personne sont respectés. Mais depuis le coup force constitutionnel du 22 mars et la mascarade électorale du 18 octobre 2020, la réalité dit autre chose, à savoir que le politique, l’économique et le social ont littéralement disparu en Guinée :

Tibou et son président ne gouvernent pas une collectivité humaine, ils peaufinent les mécaniques de verrouillage du pouvoir et pensent à garantir la pérennité de leur privilège. L’histoire donc ne fait que se répéter, au détriment des Guinéens : des infrastructures publiques jusqu’à la  coopération militaire en passant par la construction des latrines, des dispensaires et de la fourniture des kits sanitaires et des outils scolaires, le pays doit tout aux dons étrangers. Bienvenue au pays de la souveraineté assujettie ! En attendant, Tibou et son maître s’occupent du vrai, à savoir leur avenir politique et le contrôle autoritaire du pouvoir qui en dépend. On comprend dès lors pourquoi la sécurité du pouvoir et la défense des privilèges de Alpha et ses soutiens deviennent la question politique centrale, au détriment des réelles préoccupations sociales et économiques.

La dépendance ne va pas sans un renforcement de la dictature. Et l’élection de la dictature comme instrument de gouvernance repose sur une négation du réel, une stratégie infinie de travestissement des valeurs morales : la Guinée serait une démocratie, un pays souverain. Tibou Kamara sait que sa survie politique repose sur la prospérité de ce pacte d’immoralité entre Alpha et son clan. C’est la raison pour laquelle tout changement ou tout dialogue susceptible de conduire à ébranler ce pacte d’immoralité sera perçu par les maîtres actuels de la dictature comme une menace pour leur avenir. En Guinée, l’enjeu lié au changement n’est pas seulement politique, c’est une question de vie ou de mort. Que seront les Tibou et les Damantang sans le pouvoir ? 

Amadou Sadjo Barry

Professeur de philosophie Cégep de St-Hyacinthe

Québec, Canada



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