Le Mali entre putschs et déliquescence : « Un coup d’Etat dans le coup d’Etat »

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Symbole du pourrissement de l’Etat, le troisième coup d’Etat en dix ans au Mali, qui a mis au pouvoir le colonel Goïta, fragilise l’opération antiterroriste française « Barkhane ». Le dernier coup de force mené par le colonel Assimi Goïta à Bamako est une très mauvaise nouvelle pour les partenaires du Mali – africains, onusiens, européens – qui, depuis près d’une décennie, sans compter les millions d’euros dépensés, échouent à créer un environnement propice à l’émergence d’un système politique stable et démocratique. C’est aussi un rebondissement désastreux pour le Mali lui-même, car ce troisième putsch en dix ans est le symptôme du pourrissement d’un Etat évanescent.

Après avoir failli s’effondrer en 2012 sous les assauts de groupes armés djihadistes et d’indépendantistes touareg qui voulaient dynamiter l’Etat central, le pays n’en finit pas de vaciller. L’explosion finale n’a pas eu lieu, mais la gangrène ronge les institutions.

Le 18 août 2020, le colonel Goïta et son quarteron d’officiers supérieurs déposaient, les armes à la main, le président Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »), après des législatives contestées. Les militaires assuraient intervenir pour rétablir la bonne gouvernance et la probité, vertus oubliées par un pouvoir notoirement corrompu. Ce Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) en treillis se voulait le bras armé d’une population éreintée qui, de plus en plus bruyamment, exprimait son ras-le-bol dans les rues de Bamako. Le CNSP d’alors était plutôt bien vu.

« Un coup d’Etat dans le coup d’Etat »

Rien de tel aujourd’hui. Le 24 mai au soir, le colonel Goïta a, dans un communiqué, attribué au président intérimaire Bah N’Daw et au premier ministre Moctar Ouane « une intention avérée de sabotage de la transition » pour justifier leur arrestation.

La formule est un piètre camouflage pour une reprise en main au profit de l’armée et du colonel rebelle. Celui-ci a été « confirmé » depuis comme président de la transition par une Cour constitutionnelle aux ordres. Quelques heures plus tôt, Bah N’Daw avait exclu deux putschistes de 2020 lors d’un remaniement ministériel destiné à rééquilibrer – en faveur des civils – les pouvoirs du gouvernement de transition chargé de déminer la route conduisant aux élections inclusives en 2022. Cela n’a pas été du goût du colonel Assimi Goïta.

Pour Emmanuel Macron, il y a là « un coup d’Etat dans le coup d’Etat » qu’il juge « inadmissible ». En 2020 pourtant, l’Elysée n’avait guère pleuré le départ d’« IBK », renversé par les militaires. Les mois suivants, on y louait même une « junte qui tient ses promesses et avec laquelle on peut travailler ». Un tel satisfecit, auquel s’ajoute le soutien à la succession familiale orchestrée au Tchad après la mort du « président maréchal » Idriss Déby, a ravivé des souvenirs d’une « Françafrique » que l’on disait révolue.

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Il est vrai que l’Union africaine et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest ont très mollement condamné ces deux violations constitutionnelles. Comment, dès lors, le président Macron pourra-t-il être entendu lorsqu’il affirme avoir « passé le message que [la France] ne restera pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition » ?

Plus de 5 000 militaires français sont déployés, au Mali surtout, dans le cadre de l’opération antiterroriste « Barkhane ». Un retrait précipité offrirait en réalité aux groupes armés djihadistes l’occasion inespérée de revendiquer une victoire physique et psychologique sur l’une des armées les plus puissantes du monde. Le colonel Goïta le sait. Les rodomontades françaises ne l’impressionnent peut-être pas. La déliquescence de son pays, en revanche, devrait l’alerter.

Source : Le Monde



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