Charles Blé Goudé: «Ce que j’ai traversé, je ne le souhaite pas à mon pire ennemi»

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L’ivoirien Charles Blé Goudé était ministre de la Jeunesse pendant la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire. Ce mercredi 31 mars, la Cour pénale internationale a confirmé son acquittement en même temps que celui de l’ancien président Laurent Gbagbo. Les deux hommes sont définitivement reconnus non coupables des crimes contre l’humanité pour lesquels ils étaient poursuivis. La chambre d’appel de la CPI abroge aussi toutes les conditions restantes à leur libération. Charles Blé Goudé  a répondu aux questions de Stéphanie Maupas, correspondante de RFI à La Haye, aux Pays-Bas

RFI : Charles Blé Goudé, vous êtes désormais libre. Quelle a été votre première impression ?

Charles Blé Goudé : Enfin, nous y sommes. Après plusieurs années de procédure, ce que nous avons traversé ces derniers temps, je ne souhaite pas à mon pire ennemi. Je suis content comme un homme libre.

Aujourd’hui, vous pouvez vous exprimer sur ce dossier puisque vous êtes libre. Quel regard portez-vous sur toute cette procédure, sur ces dix ans de procédure ?

Ma position n’a pas changé. Je dis qu’un homme, quel qu’il soit, suspecté d’avoir commis des crimes doit venir à la Cour pénale internationale, se soumettre à un procès. S’il est jugé innocent, il peut repartir chez lui. Et je l’avais dit, je sais que je repartirai chez moi.

En sortant des locaux de la Cour pénale internationale, vous avez déclaré que vous vous tourneriez vers l’Assemblée des États parties. Est-ce que donc vous allez demander des réparations ?

Être comme ça sept ans de sa vie derrière les barreaux, être présenté au monde entier comme un criminel pendant sept ans, et in fine, on déclare que vous êtes innocent. Est-ce qu’on a fait le tour de toutes les ONG, de tous ceux qui ont pris leur plume pour présenter Charles Blé Goudé comme un criminel, pour dire que c’était faux. La Cour pénale internationale a fini avec nous, mais moi, je ne crois pas que j’ai fini avec la Cour pénale internationale.

Est-ce que vous avez l’intention de retourner en Côte d’Ivoire ?

Je veux retourner en Côte d’Ivoire. Je veux retourner dans mon pays. Je veux aller parler aux miens. Quand je dis aux miens, je ne parle pas de mes partisans, je leur dis merci pour tout le soutien qu’ils m’ont apporté. Mais moi, je ne veux pas être un chef de clan. Et je souhaite que tout le monde, que mes partisans aient le triomphe modeste, parce que mon pays est en crise et je veux participer à rassembler les Ivoiriens de nouveau. Ici et maintenant, je voudrais dire que s’il y a un seul Ivoirien qui s’est senti choqué par un seul mot de moi, qui s’est senti outré, blessé par un seul acte supposé ou vrai de moi, je voudrais demander pardon. Je leur demande pardon. Je demande pardon à ceux avec qui je me suis brouillé, et ceux avec qui je n’ai pas la même vision politique. Je leur dis que je viendrai vers eux, je suis leur frère, je veux parler avec eux. Je veux qu’on tourne la page dans notre pays. Je demande pardon.

Il y a une décision judiciaire qui vous acquitte des charges de crimes contre l’humanité lors des violences de 2010-2011. Mais au-delà de cet acquittement, est-ce que vous pensez qu’en tant leader, vous avez une responsabilité politique dans cette crise de 2010 et 2011 ?

Tous les leaders politiques ont des responsabilités politiques dans ce qui arrive dans notre pays. C’est nous les leaders, et c’est nous que les autres suivent. Vouloir écraser l’autre, jouer aux balles de ping-pong pour nous accuser les uns les autres. On connait le résultat, c’est la désolation. Et moi, je pense pouvoir jouer un rôle pour rapprocher les Ivoiriens de nouveau.

Vous reconnaissez une part de responsabilité dans les évènements passés. Quelle est cette part de responsabilité ?

On ne va pas refaire le procès. Je pense que le procès est terminé, il est derrière nous. On ne va pas revenir sur tout cela. Maintenant, il faut avancer. Avancer, c’est aller vers les autres avec qui on ne s’est pas compris pour se parler de nouveau. Dans ce pays à terminer, les acteurs ivoiriens, les forces vives doivent s’asseoir pour se parler autour la Côte d’Ivoire malade.

Vous avez déjà dit que vous visiez la magistrature suprême. Comment comptez-vous vous y prendre ? Est-ce que vous comptez être candidat lors de la prochaine élection présidentielle ?

On n’en est pas là. Les derniers évènements dans notre pays ces derniers temps nous prouvent que la vie se passe souvent de nos petits calculs de politiciens. Et l’imprévu vient nous surprendre. Je veux d’abord participer à réconcilier les Ivoiriens, à rassembler les Ivoiriens de nouveau. Je veux parler à ceux qui me considèrent comme un ennemi pour leur dire qu’aujourd’hui, à votre micro, je suis leur frère. Si je vous ai choqués, je vous demande pardon.

Est-ce que ce n’est pas déjà une manière de faire campagne ?

C’est trop tôt pour parler de campagne. Je ne suis pas en campagne. La seule campagne que j’ai faite, c’est la campagne du pardon.

À quoi allez-vous consacrer les cinq prochaines années ?

Il faut bien que je rentre chez moi d’abord. Je vais rentrer chez moi et le seul programme que j’ai actuellement en tête, c’est de faire une tournée de paix en Côte d’Ivoire, pour surtout remercier d’abord mes partisans qui ont beaucoup souffert, qui m’ont soutenu. Puis ensuite, aller aussi parler avec ceux avec qui je m’étais brouillé. Je suis rentré ici sur la base d’un conflit, je veux rentrer en Côte d’Ivoire sur la base de la paix.

Ce retour en Côte d’Ivoire est un peu compliqué par votre propre situation. Alors, il y a déjà cette question du passeport. Est-ce que vous en avez fait la demande aux autorités ivoiriennes ? Quelle est la situation aujourd’hui ?

Je n’ai pas de passeport et j’ai réuni toute la documentation. Je vais prendre rendez-vous avec les autorités de mon pays et je pense que, et j’ai foi que, elles vont faciliter tout cela. Elles l’ont fait pour le président Gbagbo qui était mon co-accusé. Et je pense qui peut faire le plus peut le moins.

Quelles sont par exemple éventuellement les entraves, je pense par exemple aux procédures judiciaires qui sont engagées contre vous sur place en Côte d’Ivoire.

Tout cela, ce sont des questions politiques. Elles vont se régler politiquement. Et j’ai déjà payé assez. J’espère que les autorités de mon pays le comprendront.

Source RFI



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