Personnalité guinéenne de la semaine: Alseny GaliManguê SOUMAH, Juriste, auteur du livre « LAGA » la force des initiés

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Votre rubrique « Personnalité guinéenne de la semaine » revient après plusieurs semaines sans publier avec un nouveau numéro. Cette fois-ci, le choix a été porté sur Alseny GaliManguê SOUMAH, auteur du livre LAGA (la force des initiés).
Publié le 22 Avril 2023, dans ce magnifique ouvrage, l’auteur fait voyager son lecteur dans les rites initiatiques du pays Soussou à travers le LAGA.


Pour Alseny Galimangue Soumah, « les oreilles ne font pas qu’écouter, elles regardent aussi. Les yeux ne font pas que voir, ils touchent aussi. Les lèvres ne font pas que prononcer, elles écrivent aussi le silence« 
Dans ce voyage initiatique en pays Soussou, monsieur Soumah met en relief l’une des plus belles civilisations de la Guinée, une véritable école de socialisation qui assure un développement personnel global aux initiés.
Humble et très cultivé, Alseny Galimanguê Soumah est un juriste de formation, un africaniste convaincu. Ces dernière années, il est très actif dans la promotion de l’entreprenariat des jeunes. Il assure aussi l’animation des réseaux d’action pour le développement de l’Afrique.
Il est actuellement fondateur du cabinet de conseil « Kira Business Solutions ». un cabinet de conseil qui accompagne les entreprises à mettre en place des stratégies favorisant l’efficacité managériale et la performance économique. Autrement dit, le fait d’amener des leviers structurants, aboutissant à une performance globale. Le cabinet accompagne plus spécifiquement les entreprises européennes qui veulent s’installer en Afrique, mais aussi les entreprises africaines qui veulent diversifier leurs marchés vers l’Europe.

De par son parcours inspirant et ses réalisations, Alseny Galimanguê Soumah est une véritable école pour les nouvelles générations. Il est aussi l’auteur du livre « Dialogue avec mon grand-père » édité par « les Éditions du Panthéon » à Paris. c’est au regard de tous ces faits qu’il a été choisi par notre rédaction comme personnalité guinéenne de la semaine. Ainsi, nous sommes allés à sa rencontre à Paname
Interview

Guinée Nondi: Bonjour Monsieur Soumah, vous venez de publier votre second ouvrage « LAGA  » la force des initiés, mais avant de parler de cela, parlez-nous de votre parcours ?

Alseny Galimanguê Soumah: Se présenter a toujours été une tâche délicate pour moi, car il est parfois difficile de trouver le juste équilibre entre dire peu et dire trop de sa personne. Pour ce faire, je nous invite à retenir que je suis un pur produit de l’école guinéenne. Mon parcours d’étude se situe entre l’école de la mission catholique de Boffa en passant par Coyah jusqu’à l’Université Gamal où je suis diplômé de droit avant de rejoindre par la suite l’École Nationale d’Administration de Paris. J’ose me limiter là me concernant aujourd’hui, car on m’a transmis par éducation qu’il est important de trouver un équilibre à ne pas trop en dire de soi lorsque l’on se présente aux autres. Il est évident que trop d’humilité peut parfois masquer des réalisations importantes, tandis que trop d’auto-promotion peut paraître arrogant. D’ailleurs en en Afrique, il est de rigueur d’être présenté au public par une autre personne. Cela permet de mettre en avant les qualités et les réalisations de la personne de manière objective, sans que celle-ci ait à le faire elle-même.
Dites-nous, vous parlez de quoi dans votre livre LAGA, la force des initiés?

Le titre « La Force des Initiés » fait référence à la valeur et à la sagesse de l’initiation dans la culture africaine. En effet, l’initiation est un processus essentiel dans de nombreuses sociétés africaines, où les jeunes sont initiés aux connaissances, aux traditions, aux valeurs et aux rituels de leur communauté. Ces initiations peuvent revêtir différentes formes selon les contrées, mais elles ont souvent pour objectif de préparer les jeunes à devenir des membres responsables, respectueux et surtout des « transmetteurs » de leur communauté.
L’expression « la force des initiés » suggère que l’initiation est une source de pouvoir et de sagesse dans la culture africaine. Cela signifie que les connaissances et les expériences acquises au cours de l’initiation sont considérées comme extrêmement précieuses et qu’elles jouent un rôle central dans la formation de l’identité culturelle et de la compréhension du monde.
Le livre explore le rôle de l’initiation dans la transmission de la sagesse et des valeurs traditionnelles africaines, ainsi que son importance dans la préservation et la perpétuation de la culture ancestrale africaine. Il met en lumière les enseignements et les leçons tirées de l’initiation et leur impact sur la société africaine.

Pourquoi avez-vous choisi le titre Laga, et concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Le mot « LAGA » en langue sosso signifie l’ « école ». Une école où les jeunes sont
formés aux principes culturels, socio-politico et économique. Pour être concret,
LAGA est un lieu où les jeunes intègre le savoir avec une triple approche : « la
dimension de sa personne », « la dimension du groupe » et « la dimension de la
transmission ». La formation y est conçue de façon pragmatique pour apprendre aux jeunes les grands principes de la responsabilité, du leadership, du management, de la gestion d’espace personnel (comme son habitat ou sa famille), la gestion du bien commun (l’organisation du village), etc. Ces notions apparaissent rapidement dans le quotidien des initiés et y sont enseignées tout au long de cette période d’enseignement. Au sein de LAGA, l’enseignement est fait pour être pratique pour qu’il soit facilement assimilable par les jeunes surtout pour qu’il soit pratiqué au sein de la grande société du village ou de la ville une fois ce parcours terminé. La premier étape, c’est l’apprentissage. La seconde, c’est la pratique. La troisième, c’est la transmission.
C’est un lieu on apprend à développer son équilibre personnel pour pouvoir assumer des responsabilités au sein d’une quelconque société. Un endroit où on apprend à être dur autant qu’être souple, c’est une école de l’équilibre donc de la « sagesse ». C’est également un endroit où l’on enseigne aux jeunes d’apprendre à devenir de bons apprentis pour aiguiser leurs esprits à apprendre en toute circonstance, aussi apprendre à devenir de bons maîtres pour pouvoir transmettre leurs connaissances.

Contrairement à l’école moderne, le LAGA nous apprend que l’apprentissage et la transmission des connaissances ne se limitent pas à des titres, mais dépendent plutôt de la façon dont on se comporte envers soi-même et envers la société. Il met en lumière l’importance de la posture personnelle et de l’engagement envers la communauté dans le processus d’apprentissage et de transmission des connaissances qu’on soit chef de village ou chef de l’État ou qu’on le dernier qu’on occupe une position plus modeste. La transmission est la responsabilité de tout citoyen.
Cela reflète une perspective holistique de l’éducation qui va au-delà de l’acquisition de compétences académiques pour inclure le développement personnel, culturel et social des individus. C’est une vision plus globale de la formation des jeunes et de leur préparation à jouer un rôle significatif dans la société.

Vous avez publié deux ouvrages, quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent aujourd’hui se lancer dans l’écriture ?

Qu’ai-je accompli d’incommensurable pour donner de conseils aux jeunes dans un monde ou des conseils deviennent suspect, dans un monde où tout le monde connait tout ? Puisque notre échange m’y amène, je dirai que l’Afrique est le champ du possible par excellence.

Il est vrai que l’Afrique a une tradition orale riche et profonde, mais cela ne signifie pas que l’écriture n’a pas sa place sur ce continent. En fait, de nombreux écrivains africains ont contribué de manière significative à la littérature mondiale et ont réussi à capturer la complexité de la vie africaine à travers leurs œuvres. Les écrivains tels que Camara Laye, Thierno Monenembo, Chinua Achebe, Léopold Sédar Senghor, etc, ont laissé un héritage littéraire important qui a permis de mieux comprendre la diversité et la profondeur de la culture africaine.

Donc, les jeunes ont un rôle essentiel à jouer dans la préservation et la transmission de cette culture aux générations futures. En encourageant les jeunes à écrire et à partager leurs histoires, je me permets de les inciter à devenir des gardiens de la mémoire collective de l’Afrique. Cela contribue non seulement à préserver les traditions, mais aussi à permettre à l’Afrique de s’exprimer à travers une multitude de voix et de perspectives.

Quel est votre dernier mot ?

D’abord vous remercier par rapport au choix porté sur ma personne, et surtout terminer mon message sur ce que je venais de dire plus haut. Dire aux jeunes Africains que leur héritage culturel est précieux et qu’ils ont la responsabilité de le préserver et de le transmettre aux générations futures, en utilisant l’écriture comme un moyen puissant pour ce faire. C’est un message inspirant qui encourage l’expression créative et la préservation de la riche diversité culturelle de l’Afrique comme enseigné au sein de LAGA « la grande école ».
je vous remercie
C’est moi qui vous remercie pour l’opportunité
Entretien réalisé par Sonny Lakata Kimba Camara



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