CRIEF: Kassory Fofana, l’alibi de la fermeté ( Par Titi Sidibé)

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La Guinée va mal parce que les Guinéens ont une grande aptitude à détourner le regard lorsque celui qui subit l’injustice, celui qui fait l’objet de l’arbitraire du moment, n’est pas de leur camp. Il y a tellement de camps retranchés dans la société guinéenne que le pays est devenu un terreau de dictature, de la plus caricaturale à la plus féroce.
Je n’ai pas le profil d’un défenseur des sieurs : Ibrahima Kassory Fofana, Mohamed Diané, Amadou Damaro Camara, Oyé Guilavogui ou encore Albert Damantang Camara, pour avoir été opposé au régime Alpha Condé pendant presque toute la durée de ses différents mandats.
Je peux ainsi me souvenir du premier ministre Ibrahima Kassory Fofana préférant « l’ordre à la loi » et du silence qu’une telle profession de foi avait eu comme impact sur la dégradation du climat politique dans le pays et son lot de crimes impunis. Pour autant, face à son humiliation publique et le traitement dégradant dont il fait l’objet, je suis très mal à l’aise en observant les errements de la CRIEF conduire à bafouer les règles élémentaires en matière de procédure pénale.
Le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et ses compagnons croupissent en prison depuis le 6 avril 2022 au nom d’une volonté ferme de la justice de lutter contre les infractions économiques et financières. Ils sont surtout en prison pour servir d’exemple dans une société guinéenne orpheline d’exemplarités.
La CRIEF se compromet ainsi par un agissement détonant ayant pour seule conséquence de semer l’insécurité juridique dans le pays et de la méfiance des citoyens vis-à-vis de l’appareil judiciaire. Parce que le rôle de la justice ce n’est pas seulement celui de convertir les faits en une vérité judiciaire, la justice doit également rassurer les citoyens en déployant autour d’eux le bouclier du juste et de l’équitable. Ceux qui sont pris dans les filets de la justice ne devraient pas être amenés à désespérer de sa fonction d’instrument de régulation sociale.
Certes, il ne faut pas faire d’exception pour Kassory, c’est un citoyen comme les autres, mais il ne faudrait pas non plus faire exception quand il s’agit de veiller au respect des droits fondamentaux du citoyen Kassory. Parce que sans vouloir aborder en détail toute une série de chefs d’accusation complètement vagues et d’une incongruité insoutenable, on peut s’interroger sur la nécessité de l’enfermement d’un père de famille depuis pratiquement trois mois, ce pour des motifs à tout le moins alambiqués.
Ainsi, à propos de Kassory et consorts, le flagrant délit a cédé à la vacuité d’une poursuite judiciaire qui se révèle, au fil du temps, improvisée et imprudente. Disons-le, la CRIEF se cherche ! Hélas, parce qu’en se cherchant, elle cause du tort par le fait de soumettre des citoyens, présumés innocents, à des traitements humiliants, dégradants et difficilement réparables.
Convenons en, Ibrahima Kassory Fofana, Amadou Damaro Camara, Mohamed Diané, Oyé Guilavogui, Albert Damantang Camara, Souleymane Traoré, pourraient avoir des choses à se reprocher puisque sujets à la reddition des comptes comme tout administrateur public. La ferme conviction populaire de la corruption n’est pas une preuve en justice.
D’ailleurs, le procureur général à la CRIEF ne fait pas mieux qu’une certaine opinion populiste, qui voit en voleurs tous ceux qui ont occupé de hautes fonctions sous Lansana Conté et Alpha Condé. Mais ne sommes-nous pas en droit d’attendre mieux d’un avocat de la société ?
Une justice digne de ce nom doit être équitable lorsqu’elle pose des actes graves attentatoires aux libertés fondamentales des citoyens. Elle doit agir avec prudence et précaution, dans la stricte nécessité et pour autant que les mesures envisagées soient proportionnelles au but poursuivi.
Quel est donc le but poursuivi en enfermant l’ancien premier ministre ? Eviter une collusion avec des témoins ou encore empêcher sa fuite à l’étranger alors que son passeport est saisi par le pouvoir CNRD ? Détenir et maintenir Kassory et les autres membres du gouvernement Alpha Condé est-ce la réponse à un état de nécessité ou à un péril imminent qui menacerait le pays ?
L’opinion a le droit de spéculer, elle est volatile, mais la justice, elle, ne peut se permettre de prendre des chemins hasardeux, d’entretenir la confusion dans les esprits, parce que les torts qu’elle cause brisent nécessairement des réputations et froissent les âmes qui ne s’en remettront sans doute jamais.
La justice qui se fait au nom du peuple doit être une justice humaine, de tact et de minutie, elle ne devrait pas servir à régler des comptes ou à imposer une quelconque morale aux gens, fussent ils des coquins, au détriment du droit.
Plus que le principe de la présomption d’innocence, l’équité et le bon sens voudraient que la CRIEF mette un peu de « justice » dans sa manière de traiter les justiciables.
J’exprime ainsi, par le présent texte, mon indignation face à la manière avec laquelle l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, l’ancien président de l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara, les anciens ministres Mohamed Diané, Albert Damantang Camara, Oyé Guilavogui et l’ancien directeur général du fonds d’entretien routier, Souleymane Traoré, sont détenus depuis plusieurs mois pour ainsi servir de cobayes pour une justice qui se cherche encore.
Dès lors que la CRIEF dispose de suffisamment de garanties pour la représentation des concernés, les bons textes et le bon sens voudraient que ceux-ci comparaissent libres à leurs audiences.
Les autorités de la transition devraient veiller à ce que la justice qu’elles ont appelée de leurs vœux ne cause pas plus de torts qu’elle ne redresse.
Par Titi Sidibé Avocat



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