Enquête Fria : Immersion dans la vie de la cité et de l’usine, Un « petit Paris » devenu un pari perdu.

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Située sur un haut plateau à 160 kilomètres au nord de la capitale guinéenne, la ville de Fria autrefois appelée « Petit Paris » vit des heures difficiles depuis  Avril 2012. Une ville connue pour son usine d’Alumine qui est la première en terre africaine. Fria a connu un développement économique et démographique très rapide dès les premières heures de l’indépendance.

 En Avril 2012, suite à une grève générale des travailleurs, la fermeture de l’usine a causé une crise aux conséquences désastreuses pour les travailleurs et pour les populations de Fria. La ville qui vivait de sa raffinerie  construite par l’industriel français Pechiney a très vite sombré dans une crise profonde et toute la population a été touchée de plein fouet. Pendant 8 ans les désillusions se lisaient sur tous les visages des habitants de Fria qui se découvrent impuissants face une multinationale très puissante.

Avec une production annuelle de 700.000 tonnes par an, l’usine de Frai était un poumon essentiel de l’économie locale et nationale avant sa fermeture en 2012. Malgré son ouverture en Juin 2018 marquée par l’envoi de vingt-trois wagons remplis d’alumine calcinée au port de  Conakry  et contenant chacun quarante-cinq tonnes d’alumine, et une production annuelle actuelle qui dépasse les 700.000 tonnes/an, le calvaire des travailleurs va de pire en pire.

Pour comprendre la souffrance et tenter de mesurer les dégâts causés par cette crise, notre rédaction a mené une enquête de plusieurs mois

-Fria « Petit Paris » de la Guinée

Dès le lancement de l’Usine en 1960, Fria a connu un développement économique, social et démographique rapide. Sous la direction de la firme Française Pechiney, les habitants de Fria bénéficiaient des fondamentaux. Autrement dit, les besoins primaires étaient assurés par la compagnie. La fourniture en eau potable, la desserte en électricité 24h24, les infrastructures sportives, éducatives et sanitaires avaient fait de Fria la « première ville de Guinée ». Fria était considérée comme une ville de villégiature pour les habitants de Conakry et des autres villes du pays. Ils s’y pressaient pour les vacances, ou pour se faire soigner dans les meilleures conditions.

A Fria, le sport était roi. En plus d’abriter la première usine d’alumine en terre africaine, la ville de Fria a été pendant longtemps le porte-flambeau du sport guinéen dans plusieurs disciplines sportives. Le sport étant un phénomène culturel universel, à Fria, il tendait à renforcer les liens de fraternité entre les jeunes, il s’instituait donc en vecteur de développement. Tous les sports y étaient pratiqués : Football, Basketball, Volleyball, Handball, Natation athlétisme, Karaté, Judo etc. Pendant longtemps, les enfants de Fria ont glané des prix nationaux et internationaux en Natation, Athlétisme, Judo, Karaté, Volleyball etc. Bref, la ville de Fria était un véritable pourvoyeur d’athlètes de hauts niveaux pour la nation. Les fils et filles de la ville ont brillamment représenté la Guinée dans plusieurs jeux olympiques et jeux africains en Natation et en Athlétisme.

L’éducation est le poumon de toute société, car, elle  donne une orientation pour le futur en fonction des besoins sociétaux. Dans cette éducation, l’école est l’élément principal pour mieux former les générations futures, donc, une sorte de moule dans lequel l’on met les enfants afin de leur donner une certaine forme ou formation et d’en faire de braves citoyens. Autrement dit, elle est le reflet de la société et de son évolution. C’est pourquoi à Fria, l’éducation était une priorité et une compétition familiale. La ville de Fria avait l’un des taux de scolarisations le plus élevé de la Guinée. Ici, la scolarisation  et la réussite scolaire des enfants étaient une priorité pour tous les parents, une sorte de compétition entre les différentes familles pour la réussite des enfants.

Sur le plan de la santé, Fria disposait les meilleures infrastructures sanitaires du pays voire parmi les meilleures de la sous-région. L’hôpital Pechiney, l’hôpital d’état et les centres de santé de Fria avaient les meilleurs équipements. La qualité du personnel soignant et  le fonctionnement des services étaient une fierté pour la ville.

Ces faits cités plus haut ont fait de Fria  une ville où il faisait bon vivre « le petit paris ». C’est pourquoi la « fierté d’être ressortissant de Fria » est devenue un marqueur d’identité et   fièrement revendiqué par tous les fils et filles de Fria.

-Grève d’Avril 2012,  Fria touchée mais pas coulée

Comme le disait le blogueur Alimou Sow dans l’un de ses billets sur la ville de Fria  » Fria touchée mais coulée » est le slogan le plus illustratif de la situation de Kimbo depuis Avril 2012.

Une ville qui vivait de sa raffinerie d’alumine a été longtemps considérée comme un petit Paris, de par les différents privilèges qu’offrait la raffinerie aux habitants de Fria. En 2012; comme un tsunami, la grève anéanti l’espoir de toute une ville et l’on a sombré dans une profonde crise. Une crise qui a touché tous les pans de l’économie locale et de la vie de la cité.

Selon nos enquêtes de terrain, pendant cette période de vaches maigres, il y a eu plus de 400 familles disloquées, plus de 100 décès liés directement ou indirectement à la crise. Des centaines de responsables de familles n’étaient plus en mesure d’assurer les besoins primaires des enfants. Malgré ces difficultés, les ressortissants de Fria ont tenté à travers des actions caritatives de donner du sourire aux Friakas. C’est ainsi que plusieurs ONG ont vu le jour: « Fria c’est chez moi »  « Fria relève toi » ou encore «  Fria mon choix »

Ces ONG ont œuvré à la création d’initiatives permettant aux populations de Fria de supporter les conséquences économiques de la Crise.

 Ce fut le cas Par exemple de l’ONG  » Fria relève toi » dirigée par Macka Traoré qui a organisé plusieurs activités dans ce sens. En plus du festival de  Fria « FRISTIVAL » qui mobilise  chaque année plus de 50.000 personnes et des dizaines d’artistes, l’ONG a formé plus de 500 femmes dans les métiers de la teinture et de la saponification, une centaine de jeunes en entrepreneuriat. Sans oublier d’autres formations dans d’autres métiers. Toutes ces activités ont permis aux populations de Fria de prendre leur destin à bras le corps en apprenant de nouvelles activités génératrices de revenus.

A cela, il faut ajouter la création de plusieurs autres entreprise locales, comme des fermes avicoles ou encore autres usines comme l’eau de Kimbo. Bref, ces différentes initiatives des ressortissants ont permis aux populations de Fria de joindre les deux  bouts. En plus de ces petites activités génératrices de revenus, l’enquête de terrain a révèle que près de 8 familles sur 10 bénéficient des aides de sa diaspora  ou autres fils de Fria vivant dans une autre ville du pays.

Lors d’un de nos entretiens, une mère de famille disait  » mon fils c’est grâce à vous qui vivez en occident que nous parvenons à nous en sortir, sans vous,  on serait peut-être mort. Il faut juste aller à la fin de chaque mois pour  voir la queue au niveau des guichets de retrait, tu comprendras l’ampleur de la crise« . Ce récit était révélateur de la situation chaotique dans laquelle se trouvaient les populations de Fria.

Ainsi, l’on peut dire que ces différentes aides ont permis à la ville de Fria de ne pas couler malgré qu’elle était durement touchée par  la crise. Sur ce, à la reprise des activités en 2018, le soulagement se lisait sur tous les visages, mais c’était sans compter sur la méchanceté de certains guinéens qui étaient aux commandes  pendant cette période.

-2018 Reprises des activités de l’usine et début de l’esclavage pour les travailleurs de RUSAL

Après 6 ans de fermeture pour des faits de grève, la première Usine d’alumine en terre  africaine a repris ses activités en  Mai 2018. Avec cette reprise, les travailleurs de l’usine et les populations de Fria étaient très enthousiastes et pensaient voir le bout du tunnel. Mais leur espoir s’est transformé en désespoir.

Par ailleurs, plus de 3 ans après la reprise, cet enthousiasme qu’avait suscité l’ouverture de l’usine, semble appartenir  aujourd’hui au passé. Les travailleurs sont devenus des esclaves sur la terre de leurs ancêtres. Les conditions de travail sont pénibles avec des salaires de misères. Cette exploitation de l’homme par l’homme a été mise en place et institutionnalisée par l’état à travers La Société d’Exploitation et Intérim des Travailleurs Africains (SEINTA). Une société de droit guinéen enregistrée sous l’agrément RCCM/GC-KAL/030-530A/2010 et qui est chargée de recruter les travailleurs et payer les salaires. Selon les informations fournies sur le contrat de travail, la société SEINTA est spécialisée en ressources humaines, en génie et en gardiennage. Cette société avec la complicité des anciens hauts cadres de l’état a  imposé une cadence de travail infernale aux employés avec des salaires très bas. Une situation qui frôle de l’esclavagisme en ce sens que les travailleurs n’ont presqu’aucun droit, ni aucun interlocuteur pour s’exprimer.

Durant notre enquête, l’on a constaté que  RUSAL avait décidé en 2019 d’envoyer plus de 200 salariés à la retraite sans aucune indemnités. Au moment où l’on publie cette enquête, ces travailleurs ne sont toujours pas rétablis dans leur droit, et n’ont jusqu’à présent reçu aucune pension.

-Fria, Une ville devenue une zone de non-droit où les Russes sont devenus les maîtres absolus

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Comme le disait Tierno Monenembo dans un de ses billets « L’arbre de la paix ne pousse que sur le terrain de la justice. La Guinée est un pays doté de tout. La justice est le seul trésor qui lui manque ». Cette phrase est l’illustration parfaite de la situation actuelle de Fria. Une ville minière qui était autrefois poumon de l’économie guinéenne. Dans ce « bled », la justice a foutu le camp, le droit des travailleurs est bafoué à 1000%. L’on se croirait dans une zone de non droit, une agglomération de Moscou dont les seules lois qui existent sont dictées par le Kremlin. Les traitements inhumains subits par les travailleurs vont au-delà de la ville de Fria.  Ici, c’est la souveraineté nationale qui serait même en cause. Les travailleurs n’ont aucun droit, le maître russe est le détenteur du droit absolu qui décide de tout.

Durant notre enquête de terrain, même nos propres amis d’enfance avaient peur de s’exprimer, de dénoncer les exactions qu’ils subissent dans cette exploitation de l’homme par l’homme. Tous les travailleurs sont terrifiés; humiliés, torturés moralement, à la limite, animalisés. Des faits qui frôlent la limite de l’inacceptable. Ici, l’on meurt à petit feu.

Lors d’un de nos entretiens, un travailleur disait « laisse-moi te dire que nous vivons dans un enfer total depuis la reprise des activités. Les travailleurs sont divisés, certains sont discriminés, d’autres licenciés sans aucune indemnité. Par exemple, pendant l’arrêt, on donnait 1.050.000 à tout le monde sauf aux agents qui sont considérés comme des grévistes c’est à dire des syndicalistes et leurs amis, ceux qui les soutiennent, tu t’imagines ? Le pire des traitements c’est à l’hôpital, je te demande de faire un tour à Pechiney tu pourras mesurer la cruauté que nous subissons sur notre propre sol » a déclaré ce cadre sous couvert de l’anonymat et  qui a fondu en larmes à la fin  de l’entretien.

Par ailleurs,  pendant l’enquête de terrain, tous les enquêtés affirment ne pas avoir signé un quelconque document pour rupture de contrat avec RUSAL. Ce qui signifie que leurs anciens contrats de CDI avec RUSAL sont toujours valables. Malgré cela, ils sont contraints depuis de plus de 3 ans de signer un autre contrat avec la société SEINTA. Un contrat à durée déterminée de façon mensuelle. Au moment de notre enquête, certains avaient signé plus de 30 ans contrats de CDD avec SEINTA depuis 2018, ce qui est inédit selon notre code de travail. Beaucoup de travailleurs disposent aujourd’hui de deux types contrats, un CDI avec RUSAL et des CDD mensuels avec SEINTA. Ces pratiques sont révélatrices de la cacophonie qui règne dans cette société depuis 2018.

Bien plus encore, le code de travail interdit tout CDD de plus de deux ans. Il spicule en son article 122.3 que « : Les contrats comportant un terme précis ne peuvent être conclus pour une durée  supérieure à deux ans. Ils peuvent être renouvelés à condition que la durée totale, renouvellement y compris, ne dépasse deux ans.  Employeurs et Travailleurs ne peuvent conclure dans un intervalle d’un an, plus de deux contrats à durée déterminée. En cas de violation de ces dispositions, le contrat est réputé être un contrat à durée  indéterminée à l’exception des dispositions visées à l’article 131.1. » En dépit de cette disposition,  RUSAL et la société SEINTA continuent de violer les droits les plus élémentaires des travailleurs de l’USINE de Fria.

A cela, il faut toucher du doigt la pollution de l’environnement causée  par la  poudre de l’alumine que l’Usine rejette dans l’air. Depuis la reprise en 2018, ce « composé chimique inodore sous forme de poudre fine, obtenu après un premier raffinage de la bauxite », a envahi la ville, et les populations sont confrontées à cette situation de pollution avec de graves conséquences sur leur santé. La Toux, les maux d’yeux, des problèmes respiratoires, sont aujourd’hui parmi les maladies les plus diagnostiquées  dans les hôpitaux de Fria. Malgré plusieurs missions des experts  des différents ministères à Fria pour limiter ce danger ambulant, RUSAL continue de procrastiner les travaux pour éradiquer cette fuite de  poudre blanche

-SEINTA: Une société fantôme qui exploite les travailleurs de l’usine de Fria

L’enquête de  terrain a révélé que les conditions de travail depuis la reprise des activités sont déplorables. Des salaires très bas, des avantages quasi-inexistants. Pas de bulletins de salaires, pas de revendications,  pas d’indemnités de transports, pas de prise en charge médicale, pas de congés payés ni autres primes liées par exemple à la pénibilité du travail.  Ces faits sont illustratifs  du calvaire que traversent les salariés de Kimbo depuis la reprise. Ici, les conditions de travail ou d’exploitation dirais-je, sont extrêmement difficiles. Ce qui laisse penser que l’on vit dans une sorte de « jungle industrielle »où les travailleurs sont devenus de proies faciles pour leurs employeurs (RUSSAL et SEINTA). Autrement dit, le gangstérisme économique mise en place par les sociétés de RUSSAL en complicité avec la société SEINTA plonge les travailleurs  de l’Usine ainsi que toute la ville de Kimbo dans une dépendance perpétuelle

Interrogé par notre rédaction, ce cadre de l’usine témoigne.  » Mon ami depuis l’ouverture de l’usine et le passage du président qui avait menacé de mettre en prison tout travailleur qui revendiquerait, nous sommes dévoués la proie des Russes. Comme si cela ne suffisait pas, on nous envoie la société SEINTA pour assurer l’intérim. Aujourd’hui, on est très mal payé. Depuis la reprise, on travaille plus pour gagner deux moins par  rapport à nos salaires d’avant la fermeture. Par exemple moi, je gagnais comme salaire de base  4 millions fort avant la crise, et je travaillais 5 jours-/7.  Aujourd’hui, je suis payé aux taux horaires de 11.252GNF et je travaille 8 heures /jour  et 6 jours par semaines. On nous paie chaque quinzaine ce qui fait 1080.192 GNF chaque deux semaines et  donc je gagne 2.160.384 GNF chaque mois. Imaginer cela pour un père de famille, mais tu es obligé d’accepter ou bien tu prends la porte. Ce qui est aussi déplorable, nos contrats sont mensuels alors que nous étions en CDI avec RUSAL. Aujourd’hui, on est obligé de signer avec SEINTA chaque, et depuis la reprise, on a presque signé une trentaine contrats. C’est du jamais vu en termes de code de travail  » déplore ce  travailleur qui a requis l’anonymat.

 L’on a aussi constaté que les cadres c’est-à-dire les superviseurs touchent 17.050 GNF comme taux horaires  et 13 500 à 13.888 pour les agents de maitrise. Les autres travailleurs comme technicien de surface touchent un peu plus de 7.000 francs guinéens par heure.

Ces faits sont révélateurs d’une situation chaotique sans précèdent et qui laisse les travailleurs sans défense face une multinationale puissante et de la méchanceté de certains cadres guinéens qui ne pensent qu’à leurs intérêts égoïstes. Le système d’exploitation mise en place la société SEINTA, permet de gagner des milliards de GNF sur le dos des travailleurs.

Pendant l’enquête de terrain, nous n’avons pas  pu interroger les représentants de SEINTA  afin de déterminer la nature du contrat entre SEINTA et RUSAL, et surtout la rémunération brute par taux horaires. Toutefois, nous avons essayé de faire plusieurs simulations pour déterminer l’ampleur de la magouille

En partant de l’hypothèse selon laquelle la société SEINTA gagnerait 200.000 sur chaque travailleur, cela signifie qu’elle gagnerait plus de 3 milliards sur le dos des 1500 salariés chaque année. Et si le gain est de 300.000, la société SEINTA empochera plus de 5 milliards/An sans pourtant fournir assez d’efforts.

Pourtant, sur les bases de nos recherches, SEINTA est une société fantôme qui n’existe que sur le papier.  Aucun travailleur n’était capable d’identifié la société SEINTA durant notre enquête.  Elle ne dispose aucun siège à Fria ni à Conakry. Le seul renseignement est l’agrément de la société qui figure sur le contrat de travail.  Toutefois, nous avons remarqué que sur ce contrat, il n’existe ni adresse, ni boite postale, ni siège, ni numéro de téléphone, ni adresse mail.  Bref SEINTA  est introuvable sur le territoire national, pourtant une société qui exploite plus de 1000 salariés.

 Pire encore, avant notre enquête, nos confrères de Guinéenews avaient fait le même constat. Dans une enquête  publiée le 19 Février 2019 Louis Célestin disait : « Malheureusement, SEINTA est introuvable en République de Guinée. Il n’y a aucune trace dans les registres de l’APIP ni à la chambre de commerce de Guinée. Nos recherches du siège de cette SEINTA ou un de ses représentants se sont également avérées infructueuses. Seulement on nous a laissé entendre que le responsable payeur ne pointe le nez à l’usine qu’après deux semaines. Sieur Kegni Sylla, c’est son nom, une fois à Fria, se presse de quitter l’usine sur la pointe des pieds après la paie » avait-il dénoncé

Ces faits démontrent le laxisme avec lequel certaines situations  de grandes importances sont traitées dans notre pays. C’est pourquoi, tous les travailleurs demandent le départ de la société SEINTA et veulent retrouver leurs anciens statuts de RUSAL. C’est pourquoi, ils interpellent tous les nouvelles autorités à régler au plus vite cet imbroglio socio-économique.

Durant l’enquête de terrain, tous les enquêtés ont affirmé que les anciens dignitaires du régime Alpha étaient derrière la société SEINTA même si l’information reste à vérifier. Toutefois, ce qui est clair, cette société fantôme a longtemps bénéficié des largesses du pouvoir pendant les 3 ans depuis la reprise des activités. Bref, elle a bénéficié de la complicité des hauts cadres de l’état pour coloniser les travailleurs de l’usine.

A qui appartient la Société SEINTA ?  Pourquoi elle joue le rôle d’intermédiaire à Fria ? Pourquoi cette société est-elle introuvable sur le territoire Guinée ?  Comment RUSAL a pris le contrôle de cette usine ? Sont autant de questions que nous tenterons de répondre dans nos prochaines enquêtes sur Fria.

 Hôpital Pechiney devenu un lieu de traitement inhumain et de discrimination sanitaire inédite

A l’hôpital Pechiney, l’on constate une discrimination  liée au traitement sanitaire entre les locaux et les exploitants russes.  Les différents services (Chirurgie, pédiatrie, réanimation ou encore bloc opératoire) sont en manque d’entretien  total avec des appareils de travail dans des états de délabrement très poussé. Bref, dans les locaux de l’hôpital Pechiney, les conditions d’hospitalisations sont calamiteuses voire inacceptables. Les locaux de l’hôpital ne répondent plus aujourd’hui aux normes standards de fonctionnement d’un centre hospitalier.

local réserve aux guinéens

Pourtant, dans le même hôpital, il existe un autre bâtiment  bien équipé avec du matériels médical de pointe réservé uniquement aux Russes. Même en cas d’urgence, l’hospitalisation dans ces  locaux  est interdite aux guinéens, aux Friakas. Cela traduit la méchanceté et l’arrogance avec lesquelles les russes traitent les guinéens sur leur propre sol. En analysant ces faits, l’on a l’impression que Fria n’est plus une ville de la Guinée en tout cas la partie contrôlée par RUSAL ne tient plus compte des lois de la république.

Local réservé uniquement aux Russes

A cela, il faut ajouter le calvaire que vivent les travailleurs de cet hôpital qui était autrefois une véritable fierté pour la ville. Les médecins et infirmiers en dépit des salaires déplorables (1.500.000 pour les médecins et 1.000.000 pour les infirmiers), subissent des pressions insoutenables de la part des employeurs. Selon nos informations, la DRH de cet hôpital est la championne en violation des droits les plus élémentaires en matière de droit de travail.  Selon les employés de  cet hôpital, Elle défie toutes les lois de la république en termes de droit de travail. Là encore, la fameuse société SEINTA est pointée du doigt par les salariés. Une société dont tout le monde ignore l’existence.

« Bon des problèmes il y en a depuis longtemps, mais ce qui a exacerbé ces derniers ces derniers temps, c’est qu’il y a un intérêt subit pour l’hôpital. Parce que de 2012  à 2019, nous avons travaillé sans aucune contrainte, ce n’est qu’en 2019 que nous avons signé les premiers contrats mensuels  avec  SEINTA, mais le code de travail dit que les contrats de travail ne peuvent pas dépasser 2 ans, sans compter que le salaire qui nous a été attribué d’abord il est très petit. 1500.000 pour un médecin et 1000.000 pour les infirmiers. Mais chaque fois, nous avons l’espoir que nous allons revenir à notre statut de RUSAL FRIAGUIA avec nos  salaires d’avant, mais le temps passe. Cette fois-ci,  c’est encore le silence. Mais malgré tout cela, le plus surprenant, c’est que ces deux derniers mois-là, nous sommes soumis à une pression telle que, un harcèlement c’est le mot, nous sommes soumis à un harcèlement, qui fait que la dernière fois, la moitié du personnel était appelée pour sanction, malheureusement la directrice des ressources humaines n’est pas venue nous entendre, ce sont ses collaborateurs  qui nous ont entendus. Et au lendemain de cette tentative de sanction, nous étions soumis à un contrôle de  l’administrateur même de l’hôpital, qui va s’assoir à la porte d’entrée pour contrôler toutes entrées. Donc nous avons décidé, puisque  c’est la signature des contrats SEINTA qui amène ce harcèlement, eh ben, nous avons décidé de ne plus signer les contrats SEINTA à partir du premier Décembre 2021. Nous réclamons  notre statut de RUSSAL FRIGUIA, qui a été notre statut de toujours. Puisque l’hôpital n’a jamais observé même une journée de grève. De 2012 à 2019, nous avons travaillé sans être payés, sans congés. Ce que nous attendions, c’est des remerciements ou un satisfecit  ou bien nous annoncer que maintenant, vous allez retrouver vos statuts de RUSAL FRIGUIA. Les problèmes sont multiples, mais à L’hôpital, voilà ce qui est arrivé« . Ce qui démontre une fois de plus l’exploitation imposée aux guinéens de Fria par le géant RUSSE.

Somme Toute, Fria qui était considérée comme le poumon de l’économie guinéenne, mais aujourd’hui, la ville connait une crise sociale sans précèdent. Une ville-usine construite pendant les années 60 à l’européenne qui avait connu un développement socio-économique et démographique rapide, a sombré dans une crise  profonde suite au mouvement social de 2012. Une crise qui a plongé les habitants dans un désarroi total et un état de bouillonnement social et économique catastrophique. Des centaines de familles ont vécu un véritable calvaire pendant cette période. Des dizaines de décès liés directement ou indirectement à la crise. Sans salaires, sans règlements, sans prise en charge médicales, les travailleurs de Fria ont vécu l’enfer pendant 6 ans

Malgré la reprise des activités, la souffrance des travailleurs va de mal en pire. Aujourd’hui, les russes règnent en véritable maître absolu écrasant sur leur passage toutes contestations liées aux conditions de travail. A cela, s’ajoute la société fantôme SEINTA qui exploite les travailleurs de l’Usine.

Pendant l’enquête de terrain, tous les travailleurs ont interpellé les nouvelles autorités sur leur condition de travail. Il serait temps que le CNRD jette un coup d’œil sur le dossier Friguia. Car, c’est une question de dignité et de souveraineté nationale.

Comment l’usine de Fria a été bradée aux Russes ? Quels sont les cadres qui sont derrière la société SEINTA ? Comment relever la vile de Fria ? Quelle alternative pour diversifier les activités économiques de cette ville ?  quelle a été la nature du contrat entre les Russes et l’ACG ? Sont autant de questions pertinentes que notre rédaction tentera de répondre dans nos enquêtes sur la vile de Fria

Enquête réalisée par Sonny  Kandimba Camara

NB: Pour éviter des problèmes à nos enquêtes et garder l’anonymat, nous ne sommes pas en mesure de publier leurs contrats de travail avec SEINTA. Toutefois, nous avons quand repris les mots du type de contrat entre SEINTA et les travailleurs de Fria



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