Enquête : « Sugar Daddy » : Un nouveau visage de la prostitution au sommet de la pyramide en Guinée

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La prostitution est « le fait de livrer son corps aux plaisirs sexuels d’autrui pour de l’argent et d’en faire métier »(Larousse). Autrement dit, c’est une forme d’échange économico-sexuelle, dans bien des cas préalablement négociée. Elle peut être ponctuelle ou de façon récurrente. Ce phénomène est présent dans toutes les sociétés humaines. En Guinée, la forme et l’identité de ses pratiquants varient d’un milieu à un autre. Ils sont Issues de milieux différents et ont des parcours hétérogènes en termes de socialisation, et  disposent aussi de capital (culturel, économique, social) différent.

Pendant longtemps la société guinéenne était marquée par le phénomène de cougars. Des femmes âgées et riches entretenaient financièrement des jeunes garçons en échange de service sexuel. Depuis quelques temps, la tendance est en train d’être renversée.

S’il est vrai que les cougars  pouvaient se prélasser au bras d’un jeune garçon il y a quelques temps, les hommes ont tendance à prendre leur revanche en s’offrant le « luxe de la jeunesse ».

Appelés « Sugar Daddy », ces « Papa gâteaux » renversent tout sur leur passage pour s’offrir les services d’une belle jeune fille. Les jeunes filles à court d’argent appelées « Sugar Babies » de leur côté, ne s’intéressent qu’aux portefeuilles biens garnis de leurs « Papa gâteaux ». De nos jours, ce phénomène  devient de plus en plus inquiétant en ce sens que les conséquences sont désastreuses tant dans la socialisation des jeunes filles que dans les risques de maladies sexuellement transmissibles.

Qui sont ces sugar daddy Comment ce phénomène est-il pratiqué en Guinée, quelle est l’identité des pratiquants et pratiquantes, quelles sont les conséquences de ce nouveau mode de prostitution ?

Pour tenter de répondre à ces questions, votre quotidien a mené une enquête de terrain à travers des entretiens semi-directifs et observations

Profil : Qui sont ces « Sugar Daddy » ?

Ce sont des hommes âgés de 50 ans ou plus, leur particularité est qu’ils ont des portefeuilles bien garnis et sont prêts à mettre la main à la poche. Ces « profils aisés », autrement dit ces hommes riches font le beau temps de celles qui ont du mal à joindre les deux bouts, ou bien qui ont envie de s’offrir une vie de luxe sans « efforts ».

Selon l’enquête de terrain, ces hommes sont souvent des hauts cadres de l’administration, des touristes étrangers, des grands commerçants ou des hommes d’affaire sans oublier les personnalités politiques à la recherche de « plaisirs sexuels extrêmes », de compagnies, bref à combler un vide ou une solitude. Ce qui caractérise dans bien des cas ces Sugar Daddy, c’est leur générosité et surtout leur attention envers les Sugar babies

Contrairement à ce que l’on pense, ces relations ne sont pas systématiquement sexuelles. L’on a constaté à travers  certains de nos entretiens, que certaines filles n’ont jamais eu de relations sexuelles avec leur Sugar Daddy. De simples bonnes compagnies ont suffi pour être gracieusement payées. Parfois, ces « Sugar Daddy » ont juste besoin de la bonne compagnie leur permettant de se distraire ou de passer du bon temps.

Comment le business se pratique en Guinée, avec quelles catégories de filles ?

Les hôtels de luxe, les restaurants chics ou encore les boites de nuit, sont des lieux privilégiés pour les premiers contacts. A cela, il faut ajouter aussi les réseaux sociaux et principalement Facebook qui peuvent aussi servir de cadre pour établir les premières relations.

Au sein de la haute administration, le bouche-à-oreille est aussi un élément de « passe passe » entre les différents amis envers les filles. Il y a aussi certaines agences d’hôtesses qui pratiquent officieusement ce phénomène en mettant en relation les « Sugar Daddy » et les « Sugar Babies ».

Si dans certains pays (Occidentaux) ce sont généralement des étudiantes qui se  lancent dans cette pratique en vue de financer leurs études, les profils des pratiquantes de ce phénomène en Guinée sont différents et variés, que l’on peut classer en deux  grandes catégories.

D’un côté des filles qui pratiquent ce phénomène uniquement pour de l’argent. Ce profil renvoie à la catégorie de filles se trouvant généralement dans une situation de pauvreté et voulant à tout prix apparaitre dans la haute société. Elles vendent leur service au plus offrant et aux premiers venus. Dans cette catégorie, on retrouve souvent des mineures (Des filles de moins de 18 ans). D’ailleurs elles sont beaucoup cotées  sur le « marché  financier sexuel » et donc par certains « Sugar Daddy ». L’âge de la fille est souvent déterminant pour certains « Papa Gâteaux ». C’est le meilleur moyen pour eux d’assouvir leur satisfaction sexuelle.

Et de l’autre côté, celles qui se livrent à cette pratique en vue d’avoir une ascension sociale fulgurante et rapide ou à la quête d’autres sensations. Elles sont naturellement insatisfaites. Même si le côté financier est évoqué, mais il n’est pas souvent l’objectif principal visé par la fille. Les filles à la recherche du premier emploi ou voulant faire carrière dans leur domaine, sont dans cette catégorie et tombent  parfois souvent dans les filets des « Sugar Daddy ». Donc, elles peuvent être motivées par l’ambition d’une ascension sociale à n’importe quel prix. Généralement, elles ont  23 ans et plus.

Dans la plupart des cas, quand on parle de ce phénomène, on fait allusion aux filles issues de milieux défavorisés. Mais force est de constater que la plupart des filles que nous avons rencontrées lors de notre enquête, sont issues de milieux plutôt aisés, contrairement à la prostitution ordinaire où les filles sont souvent poussées par la pauvreté. Leur comportement serait dû à leur socialisation primaire qui a été défaillante, mais aussi à leur insatisfaction. Vouloir toujours bien paraitre est primordial pour ces filles.

A cela, il faut aussi ajouter « l’hyper-sexualisation ambiante » dans la société actuelle due à la prolifération des réseaux sociaux. Ce phénomène devient un moyen facile pour les filles de passer à l’acte. Donc très facile de lier la théorie à la pratique, ce qui favorise la marchandisation de leur corps aux plus offrants. Ces filles ont bien compris aujourd’hui que le sexe est un moyen facile de gonfler leur compte orange money.

Lors de notre enquête, nous avons rencontré les petites filles d’anciens Ministres, des filles d’anciens footballeurs ou encore de grands fondateurs d’écoles privées en Guinée. Donc toutes issues de milieux plutôt aisés.

« Au début, je le faisais pour de l’argent, aujourd’hui, je ne peux même plus sortir avec les hommes de mon âge. Les Sugar Daddy traitent mieux les filles, et avec eux, on grandit, on découvre de nouvelles choses, de nouveaux mondes, on rencontre des personnes de la haute société. C’est ce que j’adore dans cette aventure. Et pour moi, cela n’a pas de prix » a déclaré la fille d’un ancien footballeur guinéen

Sugar Daddy : Une relation sexuelle tarifée ?

Dans la plupart des cas, quand on évoque le mot Sugar Daddy, on fait allusion à une relation sexuelle entre un homme riche et une fille en situation financière  précaire. Mais l’enquête de terrain a révélé que les pratiques sexuelles ne sont parfois pas systématiques.  Certains « Sugar Daddy « se contentent seulement de la bonne compagnie, d’être accompagnés d’une personne physiquement agréable et jeune.

 Une Sugar Baby nous explique ces premiers pas dans cette pratique

« Quand je me lançais dans cette affaire, je pensais que c’était seulement du sexe, mais au fur et à mesure, j’ai compris que certains hommes riches n’étaient pas forcement à la recherche du plaisir sexuel. Par exemple, je suis sortie avec un ministre pendant 1 an, on a couché ensemble deux fois seulement. Mais je l’accompagnais souvent dans des soirées de luxe, diner,  boite de nuit, restaurant et parfois, on voyageait ensemble. D’ailleurs, les deux fois que l’on a couché ensemble, c’était chaque fois à l’étranger. Pourtant, il me donnait tout, c’est lui qui a même acheté cette voiture pour moi. Une fois aussi, il a acheté trois billets pour nous et une pension complète dans un hôtel au Marco, mes amis et moi avons bien profité. Par contre, je dois toujours être là quand il a besoin de moi, c’est la seule condition.  »

 Ce récit montre que les services des sugar Babies vont au-delà de simples relations sexuelles. C’est généralement un service en pension complète de haut de gamme en ce sens que la Sugar Baby doit être jolie, toujours prête à répondre aux sollicitations de son bienfaiteur.

Si certains « Sugar Daddy » ne privilégient pas le sexe, mais plutôt des campagnes agréables, d’autres sont à la recherche de sensations sexuelles extrêmes.  Ils sont généralement  les plus jeunes de la « fratrie ». Pour cette catégorie de Sugar Daddy, l’argent payé doit être proportionnel au service rendu. Les relations sexuelles extrêmes sont pour eux une norme au regard de leur dépense. Cette catégorie  traite les filles comme une marchandise, un objet sexuel sur qui l’on a tous les droits. La partouze, le cunnilingus, des fellations ou encore le sexe entre filles sont monnaies courantes avec cette catégorie

« Mon tonton m’a dit qu’il travaillait à la présidence, je ne sais pas réellement ce qu’il faisait, mais je suis allée le voir là-bas quelque fois.  Mais nos rencontres coquines étaient souvent à l’hôtel. La première fois, il m’a dit d’aller avec ma meilleure amie. Au début, je n’avais pas compris, une fois là-bas, ils étaient trois dans leur salon. Ils nous ont dit de nous déshabiller et de faire l’amour devant eux. C’était un peu bizarre entre deux filles, on se touchait, on faisait le gode. Ils étaient là à nous regarder et à prendre leurs pieds. La seconde rencontre, ils nous ont pris en partouze, c’était extrêmement violent, mais c’était le prix à payer. Ils nous payaient quand même très bien, on était couvert de cadeau, pendant le temps que je suis sortie avec lui, j’avais toujours des téléphones de luxe. La règle est que je ne l’appelais jamais. C’est lui qui  appelait quand il avait besoin » a-déclaré une de nos enquêtées

Ces récits  démontrent que ces relations vont au-delà du sexe.

Conséquences de ce phénomène :

Les conséquences de ce phénomène sont désastreuses sur la vie de la jeune fille, dans la mesure où il porte atteinte à « l’intégrité du corps » pour les sugar babies. La marchandisation du corps de la femme est un acte deshumanisant. La jeune femme, au lieu d’être un modèle, devient un objet sexuel, une marchandise à vendre.

A cela, il faut ajouter les conséquences que ces filles peuvent avoir à travers des rapports de sexe non protégés. Les risques de maladies sexuellement transmissibles sont énormes dans cette pratique. D’ailleurs, toutes les études faites dans ce sens ont montré que les travailleuses de sexe sont parmi les plus exposés aux risques de contamination du sida et autres maladies.

 Il faut aussi ajouter le fait que la plupart des filles qui sont touchées par ce phénomène sont aussi mineures ce qui représente un acte de pédophilie. Donc condamnable à des peines lourdes selon le code pénal.

Somme toute, ces « Sugar Daddy » permettent à certaines filles de joindre les deux bouts et à d’autres d’accomplir leur objectif d’ascension sociale. Dans ce contrat, les jeunes filles se donnent à fond. En plus des services liés aux relations sexuelles extrêmes, ces filles accompagnent leurs « Sugar Daddy » à des dîners d’affaires ou à d’autres soirées de divertissement ou des gens fortunés. En contrepartie, elles rentrent à la maison avec des enveloppes garnies ou des cadeaux de luxe.

Cette pratique est deshumanisante pour les filles, en ce sens qu’elle les pousse à la marchandisation de leur corps. Les conséquences sont aussi énormes. Elle expose les pratiquants à des risques de maladies sexuellement transmissibles.

Ce phénomène est révélateur d’une transaction financière dont le principal produit reste le corps de la jeune Fille. Il porte atteinte à la dignité humaine et constitue un véritable problème de société.

Il serait temps de questionner nos différentes étapes de socialisation (primaires et secondaires) comme le dit  Pierre Bourdieu

Nb : la photo du profil est simplement illustrative

Réalisée par Sonny Camara



Administrateur Général


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