Libre Opinion : Quelques petites réflexions « rapides » sur l’affaire de Kaporo Rails

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1. De grâce, en préambule, à l’adresse des commentateurs, internautes, ou journalistes, cessez d’utiliser l’expression « dormir à la belle étoile » pour qualifier le fait pour des familles de dormir dehors. C’est une formule légère qui marque un certain bonheur. Or, précisément, les familles expulsées sont dans la détresse. Cette expression est inappropriée.

2. Il est faux et malhonnête de parler d’expropriation. Les familles dont les maisons ont été cassées n’ont pas été expropriées de leurs biens. Elles les ont certes perdus mais il ne s’agit pas d’expropriation, celle-ci supposerait que les victimes étaient dans leur droit. Or, aussi regrettable fût-il dans leurs conséquences, le fait pour ces familles d’acheter et de construire sur des zones réservées de l’Etat, sûrement avec la complicité d’agents véreux, était un acte répréhensible. Pour être complet, supposons que certaines familles aient été trompées, donc qu’elles aient acheté de bonne foi. Même dans cette hypothèse, la loi les blâmerait, peut-être avec quelques circonstances atténuantes, car il y a un principe juridique simple qui régit la vie en société : « nul n’est censé ignorer la loi ».

3. L’Etat ne peut être tenu pour responsable des agissements de certains de ses représentants en pareilles circonstances. C’est pourquoi la loi prévoit des sanctions pour des agents pour justement situer la responsabilité individuelle des personnes. L’Etat, c’est tout le monde, moi, vous qui me lisez, tous les Guinéens. Or, l’idée selon laquelle l’Etat serait interchangeable avec ces quelques agents dans leur forfait reviendrait à nous rendre vous et moi coresponsables de ces cessions illégales. Vous voyez bien que ce n’est pas le cas.

4. Même si l’Etat est dans son droit régalien de faire déguerpir sur des zones réservées, force est de reconnaître qu’il s’y est employé avec peu de tact. L’argument du temps scolaire pour des enfants est imparable. Il eût été mieux de procéder à ces démolitions justes après la fermeture des classes et à la faveur de nombreux avertissements rendus publics. L’approche sociopolitique et la pédagogie nécessaires ont manqué. Gouverner, c’est aussi ménager.

5. L’instrumentalisation politique de cette affaire est honteuse. Capitaliser sur le malheur des personnes est une stratégie « machiavélique » qui n’honore pas leurs auteurs. Les retombées escomptées politiquement ne compenseront jamais la bassesse morale de ces manœuvres. Être solidaire des personnes, oui…profiter de leur détresse, non !

6. Enfin, la chaîne de solidarité qui s’est tissée est admirable. Cet élan de compassion et d’entraide de nos compatriotes est rafraîchissant et dénote que notre société n’est pas aussi déglinguée qu’on le pense. C’est bien là l’une des rares notes positives dans cette triste histoire.

Sayon Dembele



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