Moussa Kourouma sur la problématique du chômage et de l’emploi en Afrique

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Les problèmes de chômage et de l’emploi font partie des problèmes cruciaux de notre temps. Cependant, ce n’est pas de notre temps que ces problèmes ont commencé à susciter des interrogations. En effet, c’est au XIXème siècle avec la révolution industrielle opérant une transformation économique profonde en Europe occidentale que les questions de chômage et d’emploi des ouvriers ont attiré la conscience des uns et des autres. Les questions d’emploi et de chômage deviennent alors dans les Pays en Voie de Développement (PVD) l’une des préoccupations non seulement des gouvernements mais aussi du côté des individus qui sont confrontés à ces réalités.

Dans les Pays en Voie de Développement, la réalité est aussi qu’il y a plus de nouveaux arrivés sur le marché de l’emploi qu’il y a de créations d’emplois. Ainsi dans ces pays le nombre des chômeurs est grandissant en nombre et en proportion. Les difficultés d’accès à l’emploi des diplômés des Institutions d’Enseignement Supérieur varient selon les pays et les régions. Elles sont plus aigües dans les Pays en Voie de Développement (PVD) que dans les pays développés. Dans les pays développés, les diplômés des Institutions d’Enseignement Supérieur ont accès très facilement à l’emploi ; tandis que dans Pays en Voie de Développement, les difficultés d’accès à l’emploi sont encore aigües chez les plus instruits c’est-à-dire les personnes munies d’un diplôme supérieur.

Ainsi en Tunisie, le taux de chômage chez les jeunes munis d’un diplôme supérieur est de 40% contre 25% environ chez les jeunes qui ont une éducation primaire. Ce désavantage que sont confrontés les plus instruits en Tunisie persiste pendant plusieurs années avant leur entrée dans la population active. En Afrique, on cherche à trouver des explications à ce phénomène de chômage qui persiste encore sur le continent. Ainsi pour le président du Kenya Kibaki, le problème de chômage est beaucoup plus complexe en Afrique que dans d’autres régions. Selon lui, les économies dont la croissance est lente ne peuvent créer suffisamment d’emplois pour absorber le grand nombre de jeunes diplômés qui arrivent sur le marché de l’emploi chaque année.

D’après l’Organisation Internationale du Travail (OIT), si on réduisait de moitié le taux de chômage dans le monde, l’économie mondiale pourrait s’accroître de 2200 à 3500 milliards de dollars. Environ 20% de cette croissance aurait lieu en Afrique Subsaharienne. Le taux de chômage est encore très élevé en Afrique. Pour Afrique Renouveau, le taux de chômage déclaré en Afrique est de 10% en moyenne. Cependant, les chiffres sont en réalité beaucoup plus élevés dans la mesure où certains pays ont un taux de chômage de plus de 40%. La complexité du chômage sur le continent africain qui est caractérisé par la morosité de ses économies qui ne croissent pas assez rapidement pour produire suffisamment d’emplois pour une population en hausse suscite plusieurs approches de solutions. Selon certains spécialistes de développement, il faudrait que l’économie africaine croisse de 7% pour que l’on puisse réduire d’ici à 2015 de moitié le pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté, objectif adopté par la communauté internationale. Cependant, depuis le milieu des années 1990, l’économie de nombreux pays africains s’est considérablement améliorée ; le taux de croissance annuelle moyenne du produit intérieur brut (PIB) n’ayant cessé d’augmenter en passant de moins de 3% en 1998 à 5% en 2005. En théorie, d’après de nombreux économistes, l’emploi aurait dû augmenter. Tout à fait le contraire cette croissance économique ne s’est pas traduite par d’importantes créations d’emplois dans les pays africains.

Face à la persistance du chômage sur le continent africain, diverses politiques nationales de lutte contre le chômage ont été proposées, cependant les résultats restent limités. En 2004, un plan régional d’emplois a été mis en place à Ouagadougou (Burkina Faso) lors d’un sommet de l’Union Africaine. Ce plan a été appelé « plan d’action de Ouagadougou ». Il visait notamment la diversification des économies des pays du continent de façon à développer les industries à forte intensité de main d’œuvre et à adopter des lois qui attirent les investisseurs. Ni la croissance économique, ni la diversification des économies ne peuvent à elles seules résoudre le problème d’emplois ; les systèmes éducatifs qui ne dotent pas les jeunes des compétences nécessaires alimentent le taux de chômage. Il est évident que pour sortir de la pauvreté, la population du continent africain a besoin d’éducation et d’emploi, déclare le secrétaire exécutif de la commission économique de l’ONU pour l’Afrique (CEA), Janneh, cité par Afrique Renouveau.

Selon la même source, il ne s’agit pas de n’importe quel emploi, mais des emplois qui procurent un salaire et des conditions de travail décent. Pour Sajisha, il est essentiel que les pays africains développent l’éducation et la formation ainsi que tout autre moyen pour améliorer des compétences car l’éducation et formation participent à la croissance économique. Cela s’effectue de deux manières. En premier lieu, elles augmentent les réserves en capital humain et donc la productivité du travail et en second lieu, elles augmentent aussi l’ensemble des connaissances et des technologies qui peuvent être utilisées à des fins productives. Tant l’éducation et la formation fournies par les universités et les instituts de formation sont essentielles, il est clair qu’il ne suffit pas de mettre à disposition une main d’œuvre compétente et bien formée pour améliorer la croissance ; un environnement favorable au marché du travail et d’autres facteurs sont également nécessaires.

Moussa Kourouma enseignant-chercheur à l’Université de Sonfonia



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