Le manque de culture démocratique dans nos institutions ne trouve t-il pas son explication dans l’autocratie qui règne dans nos partis politiques ?

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Ces derniers jours, une question me taraude l’esprit: Comment un pays peut-il choisir un système démocratique et refuser l’alternance? Pour vous donner une simple idée de ce qu’est l’alternance pour la démocratie c’est comme préparer une sauce tombôn chez les konia sans le piment, ou bien faire du Lakiri chez les peulh sans le lait de vache. Sans l’alternance on n’est plus dans un régime démocratique.

À voir de près les choses, on se rend compte banalement que depuis l’avènement de la démocratie en Guinée, il n’y a jamais eu d’alternance au niveau de l’exécutif: cela a toujours été une présidence à vie suivie d’une transition. Ce n’est pas une information.Tous les guinéens le savent.

Mais qu’en est-il de nos partis politiques? À ce niveau la Guinée est un cas d’école: la plupart des leaders politiques sont fondateurs de leurs partis, ils en sont les plus grands pourvoyeurs d’argent soit à travers leur propre financement ou à travers leur réseau de relations. De ce fait ils jouissent d’un traitement special. Il n’y a pas d’alternance possible. Ils peuvent perdre des élections, commettre des fautes graves allant à l’encontre des règles et principes du parti, mais ils ne seront jamais soumis à des mesures disciplinaires à plus forte raison être remplacés. Nous sommes dans l’autocratie totale.

En fait les leaders politiques sont plus puissants que les chartes de leurs partis. Tant qu’ils vivent ils resteront les présidents de leurs partis car le but ultime est de leur porter à la magistrature suprême. Cela également n’est pas une information, tous les guinéens le savent. Malheureusement ça n’émeut personne.

De façon involontaire ou inconsciente nous préparons le futur dictateur qui, une fois au pouvoir ne fera que reproduire ses anciennes habitudes acquises au fil des dizaines d’années dans son parti. Le parti dont il est président ne lui a jamais exigé des explications durant ses années de présidence. Comment alors peut on espérer qu’un tel leader politique une fois au pouvoir puisse se soumettre aux lois de la république, en sachant bien que l’habitude est une seconde nature?

La démocratie s’apprend, et la meilleure place pour cet apprentissage est bien au sein des partis politiques. Depuis sa création, le RPG par exemple n’a connu qu’un seul leader qui a fait des décennies à la tête du parti sans aucune contestation de son leadership. Élu président, il gère le pays comme s’il gérait le RPG, car il est même plus puissant que les institutions de la république.

Il en est de même aujourd’hui pour l’UFDG, l’UFR, le PEDN et beaucoup d’autres partis politiques du pays qui sont sur la même lancée oû l’alternance est bannie de la charte du parti.

L’alternance n’est pas seulement une obligation en haut de la pyramide ( pouvoir exécutif), mais bien aussi en bas de la pyramide ( partis politiques). Cela permettrait non seulement l’émergence d’une nouvelle génération de leaders, en mettant fin à ce culte de la personnalité qu’on a développé dans beaucoup de partis politiques autour des leaders politiques. il permettrait de surcroît à ces derniers de se familiariser avec la culture démocratique avant d’accéder à la magistrature suprême.



Lamine Elmy SOUMAH

Correspondant en Angleterre


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