Libre opinion : En quoi nous sommes aussi, presque tous, des « Gilets Jaunes » en Guinée…

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Ecrire un tel texte en comparant le mouvement des Gilets Jaunes en France à la réalité guinéenne peut relever d’une certaine audace « intellectuelle » voire d’une prétention analytique assez originale. Pourtant, loin de moi tous ces sentiments, c’est ce que je vais tenter de faire.

D’entrée de jeu, tentons de savoir c’est quoi ce mouvement dit des « Gilets jaunes » ? Il est difficile d’y répondre tant le mouvement est hétéroclite et divers. Enclenché le 17 novembre 2018 via Facebook pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants, le mouvement des « Gilets jaunes » a dérivé vers une série de revendications portant sur le pouvoir d’achat et sur une meilleure représentativité des citoyens dans les sphères du pouvoir. Au-delà des demandes parfois antinomiques, par exemple réclamer moins de taxes et de l’autre, exiger le rétablissement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) pour les plus riches, ou encore demander à l’Etat plus de services publics et plus de maillage administratif des territoires tout en rechignant à payer plus d’impôts, la crise des Gilets jaunes semble éclairer d’une lumière crue une réalité sourde vécue par des millions de Français, qu’on pourrait résumer de manière triviale par l’expression : LE PEUPLE SOUFFRE ! Quoi qu’on dise, depuis plusieurs années, la vie devient de plus en plus difficile y compris pour ceux qui bossent. Le sentiment de déclassement, de relégation, d’appauvrissement s’empare de la majorité des Français qui se sentent étoffés et dont l’avenir et celui de leurs enfants se profilent sous de mauvais auspices….Des millions de personnes ont des « vies empêchées » pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron. C’est là que commence la comparaison avec la situation socio-économique de notre pays.

Bien sûr que la structuration de notre économie est différente de celle de la France. Bien sûr que l’essentiel des activités économiques est informel en Guinée. Bien sûr que l’impôt en Guinée n’est quasiment jamais payé par le citoyen. De ce point de vue, les limites de la comparaison apparaissent entre une grogne sociale d’un monde occidental fait de travailleurs étouffés par des réglementations et une société africaine en particulier guinéenne, vivant de l’informel et dont les modestes revenus échappent aux prélèvements des services fiscaux.

Néanmoins, ce qui m’intéresse dans ce papier, c’est le sentiment diffus et réel de vivre une situation économique difficile – sans voir de perspectives d’amélioration ni pour soi, encore moins pour sa progéniture – partagée à la fois en France, en Angleterre, au Brésil mais aussi en Guinée. Les caractérisations de ces difficultés de vie sont évidemment différentes selon les régions du monde, pour autant les différences de contextes n’invalident pas le dénominateur commun qu’est la souffrance. Chez nous, cela prend la forme d’une pauvreté endémique dans une économie sous-développée qui peine à être boostée bien que des efforts soient entrepris.

Concrètement, depuis des lustres, les Guinéens, dans leur écrasante majorité, tirent le diable par la queue, souffrent, s’accrochent comme ils peuvent. Qui en Guinée peut défendre un mieux-vivre des populations ces dernières décennies ? La nouveauté, c’est que les difficultés semblent empirer et les solidarités s’affaisser. Aujourd’hui, le Guinéen moyen cumule des difficultés de transports, d’habitat, de pouvoir d’achat sans citer les risques sanitaires accrus liés aux épidémies virales et leur cortège de désolation (Ebola hier, aujourd’hui la fièvre Lassa…) à côté des pathologies habituelles (paludisme, diabète, fièvre typhoide…), tout cela sur fond de relations sociales polluées par des considérations ethniques dont la cause première réside dans la manipulation politique.

En outre, la société demeure cloisonnée entre une élite politico-économique, privilégiée qui vit dans un entre-soi dont une partie de la famille vit hors du pays, et le peuple, précaire et manipulé. Cette césure élite/peuple est un marqueur en Guinée comparable à ce qui se passe dans les sociétés occidentales.

Ce contexte socio-économique et sanitaire – dont l’origine remonte à plus de trente ans – ne peut être imputé au pouvoir actuel qui, bien que loin des objectifs initiaux d’amélioration des conditions de vie des Guinéens promis par le Président-candidat, a entrepris quelques reformes importantes.  Par exemple la modernisation de notre agriculture ou l’amélioration de la desserte d’électricité mais dont les effets positifs sont trop peu impactants pour l’heure. La lutte contre la corruption, l’amélioration du système éducatif (la grève des enseignants s’enlise), la lutte contre l’insalubrité publique et la reforme du système sanitaire constituent des chantiers importants pour aplanir des souffrances trop ancrées dans notre pays. D’autres angles morts de notre société doivent être réactivés comme la question de l’éducation familiale, la place de l’intégrité et de la confiance dans les rapports humains afin que nous puissions faire société et vivre en harmonie. Le développement d’un pays ne se fait qu’avec des bases sociales saines.

Oui, « nous sommes aussi des ‘’Gilets jaunes’’ » pourrait être un slogan que nombre de Guinéens pourraient entonner alors même qu’ils ne sont pas des automobilistes au Diesel, n’ont pas de gilets fluorescents, ne se regroupent pas aux carrefours ou ne manifestent pas. Seulement, de manière générique, nos compatriotes souffrent en silence et ne le manifestent pas. N’est-ce pas là cette manifestation publique d’une souffrance sourde qu’est le mouvement français des Gilets jaunes ?

Espérons que notre gouvernement préempte cette situation et accélère la modernisation de notre pays. Chacun y gagnera et l’avenir de notre cher pays pourrait à ce prix être envisagé avec sérénité. On n’y est pas encore.

Sayon Dambélé, dambelesayon@yahoo.fr



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