Eléments d’explication sur la résignation des Guinéens: L’expertise de BAH Rafiou

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  Depuis une certaine période, le peuple de Guinée baigne de plus en plus dans la résignation. Alors que précédemment, il était connu comme un peuple courageux et surtout, résistant face à l’injustice.

En effet, bon nombre de Guinéens se questionnent sur les causes réelles, les motivations qui expliqueraient cette résignation. C’est ainsi, que nous nous tournons vers des disciplines comme la psychologie, la sociologie et l’histoire, pour tenter de trouver une explication à cet état d’esprit et d’âme qu’est, la résignation ! C’est ce qui nous conduit à nous interroger sur la question suivante : pourquoi, un peuple comme celui de guinée, qui avait résisté à la colonisation, s’est-il retrouvé à une simple résignation face à des oppressions de tout genre, auxquelles, ses dirigeants le soumettent depuis son « indépendance » ? Pour répondre à cette interrogation, nous allons étudier dans un premier temps, le comportementalisme, et dans un second temps, l’ « ethnicisme », le tout que nous allons historiciser au fil de notre développement !

– Appel à la psychologie pour expliquer la résignation du peuple actuel de Guinée :

Dans la psychologie, il y a un courant qu’on appelle le comportementalisme ou le béhaviorisme. Ce courant a été fondé par Pavlov selon lequel, les réflexes héréditaires ne s’apprennent pas. Ils sont génétiquement transmis. Il a instinctivement, ouvert l’idée que les réflexes peuvent être conditionnés à se déclencher face à des stimuli totalement neutres et hasardeux.

Watson, l’auteur du comportementalisme radical estime que si les réflexes sont conditionnables, alors, d’autres parties du comportement, le sont aussi. Lui, il pense que la clé de voûte du comportement humain est l’apprentissage. Les stimuli déterminent l’apprentissage.

Dans l’appui des idées de Watson, Skinner introduit l’idée du renforcement (qui est un contingent à une réponse qui va augmenter la probabilité qu’une même réponse se reproduise face au même stimulus). Par exemple, si je cède le passage à un automobiliste qui lève son pouce pour me dire « merci », ce geste va probablement me renforcer pour que je recède le passage à un autre.

Ainsi, appliquons négativement, ces théories psychologiques à la résignation guinéenne. Parce que la résignation ne peut être que négative, car elle rend passif, le résigné; elle le ronge de l’intérieur. En effet, la résignation est un conditionnement des réflexes, un comportement. Donc, la résignation n’est pas innée. On apprend à se résigner au fur et à mesure, pour des raisons diverses !

Par ailleurs, sur le cas guinéen, considérons la répression comme étant le stimulus. En effet, l’Etat (les gouvernants) utilise la répression pour museler, assujettir, soumettre, conditionner, faire respecter la loi ; et pas forcément la loi, parce qu’il y a parfois et souvent d’ailleurs, des abus de pouvoir. Par conséquent, les sujets (les gouvernés), à force de subir la répression, finissent par apprendre à accepter toutes les directives aussi illégales soient-elles. Ainsi, les gouvernés finissent par intérioriser l’acceptation des décisions de l’Etat (des gouvernants), comme normales. C’est ainsi que la résignation s’installe, et termine par immobiliser toutes les forces qui pourraient faire obstacle à certaines dérives des gouvernants.

C’est pourquoi, la répression est souvent utilisée par les appareils de coercition de l’Etat pour casser des revendications populaires même si elles sont légitimes et/ou imposer la/les volonté-s des gouvernants. Cependant, la psychologie n’est pas le seul élément d’explication sur la résignation du peuple de Guinée. Alors, nous allons aborder un phénomène sociologique qu’est l’ « ethnicisme » ou l’ethnicité.

 La barbarie (la violence) de l’Etat guinéen explique pourquoi, le peuple choisit à un moment donné, la résignation au lieu de choisir l’action et la résistance. Parce que contrairement aux résistants guinéens à la pénétration coloniale, aujourd’hui, les gens ont peur de mourir. Donc, sauf dans des cas exceptionnels, ils ne sont pas prêts à se sacrifier pour le bien de ceux qui vont vivre après eux.

Toutes les méthodes (interdictions de manifester, intimidations, arrestations, emprisonnements, répressions) utilisées par l’Etat consistent à conditionner le comportement des Guinéens ! Et l’état d’esprit actuel des Guinéens, laisse croire que l’Etat parvient à imposer ce conditionnement.

– L’ethnicisme comme élément d’explication de la résignation des Guinéens :

Tout d’abord, il convient d’apporter une précision sur la terminologie, afin de comprendre pourquoi, le choix du terme « ethnicisme » au lieu d’ethnicité qui est couramment employé pour désigner le phénomène ethnique dans les rapports sociaux. Alors, le choix de cette terminologie, porte sur la définition que Julien Freund donne à l’ethnicité. En effet, il définit l’ethnicité comme étant « l’organisation des différences sociales ». Du coup, en partant de cette définition, on se rend compte que le phénomène ne doit pas être vu uniquement sous un angle négatif (péjoratif). Cependant, très souvent, et généralement d’ailleurs, quand on parle d’ethnicité, ça renvoie à l’aspect négatif du phénomène ethnique. C’est pourquoi, nous avons préféré utiliser le terme « ethnicisme ».

   En effet, bien avant « l’indépendance » guinéenne, les acteurs politiques, avaient commencé leurs luttes politiques, par surfer sur le phénomène ethnique et régionaliste. D’ailleurs, la constitution des premières formations politiques du pays, est évocatrice de cette réalité. Dès le départ, les politiques guinéens, avaient fondé leurs partis politiques, sur la base des régions. Ceux de la Basse-Guinée, avaient fondé, l’Union de la Basse-Côte, ceux de la Haute-Guinée , l’Union Madingue, ceux de la Guinée-Forestière, l’Union forestière, et enfin, ceux de la Moyenne-Guinée (Fouta), avaient créé, l’Amical Gilbert Vieillard (pour soi-disant rendre hommage à un des colons français qui était décédé à la 2ème guerre mondiale, et qui avait consacré une bonne partie de sa vie, à la compréhension de la culture peule).

Egalement, la fameuse théorie machiavélique « diviser pour mieux régner » avait été utilisée par Ahmed Sékou Touré, pour opposer les Peuls et les Soussous, quand il était Maire de Conakry. Et c’est aussi bien avant  « l’indépendance ». Et après « l’indépendance », sous l’ensemble des régimes politiques que la Guinée a connus, le phénomène ethniciste a été utilisé par tous les acteurs. Il avait été utilisé et est utilisé encore via des discours stigmatisants, des politiques d’exclusion, des répressions fondées sur l’appartenance sociale (ethnique). Les régimes de Sékou Touré à Alpha Condé, ont tous fait recours à cet outil politique majeur. Pour des acteurs politiques avides de pouvoir dans des sociétés moins éduquées comme celle de la Guinée, la seule façon d’accéder et/ou se pérenniser au pouvoir. Du coup, sur base de la naïveté et de la fragilité de la société guinéenne, l’ethnicisme est une recette politique qui marche.

 Par ailleurs, souvent, le groupe social auquel, appartient le Chef de l’Etat, le soutient à tort ou à raison. Soit par opportunisme, ou par crainte d’une éventuelle exclusion voire des représailles en cas d’alternance. Ce fait est le résultat de la confusion et des amalgames qui sont faits entre responsabilité personnelle et responsabilité collective. Souvent, ce groupe social, est considéré comme coresponsable du bilan négatif et/ou des répressions de ce dernier. Alors que le plus souvent, ce groupe social, tout comme les autres groupes sociaux, ne tire aucun profit de la gestion du pouvoir du Chef de l’Etat. Mais pour des raisons que nous avons évoquées précédemment, les membres du groupe social du Chef de l’Etat, le soutiennent. Parce qu’ils voient en lui, comme un gage de sécurité.

 

 

   Pour illustrer cet élément d’explication, prenons l’exemple sur le groupe social qui avait subi ce sort en 1985, en l’occurrence, les Malinkés, après le coup d’Etat manqué de Diara Traoré. Ayant subi injustement, toutes les formes de représailles après ce coup d’Etat manqué, ils avaient tout fait pour qu’un des leurs, revienne au pouvoir un jour. Mais au regard des réalités historiques et actuelles, les Malinkés et/ou tous les autres groupes sociaux qui avaient soutenu et soutiennent les leurs, ne sont pas pour autant plus épanouis ou plus en sécurité que les autres.

Aujourd’hui encore, l’étouffement des dynamiques sociales s’explique en partie, par le fait de la division ethnique. Donc, il faut sortir de ces calculs qui empêchent ou étouffent, toute dynamique sociale qui vise à exiger des gouvernants un minimum de changement dans le quotidien du peuple dans son entièreté. Ainsi, il faut que l’ensemble des Guinéens, accompagnent les mouvements sociaux, qu’ils soient politiques, syndicaux ou associatifs ! C’est uniquement avec les revendications, qu’il peut y avoir les améliorations de nos conditions de vie.

 Par ailleurs, la résignation des Guinéens, s’explique aussi par les échecs des mouvements sociaux   portés par des acteurs qui finissent le plus souvent, par les décevoir. Soit, les acteurs finissent par se trahir entre eux ou par démissionner en cassant la dynamique au profit de négociations qui n’aboutissent jamais au résultat escompté.

Pour terminer, nous allons citer Hubert Mono Njana (philosophe camerounais) qui dit ceci : « Il faut écarter la norme pour normaliser l’écart ! »

 

 

 

 



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