De la transparence des élections en Guinée : les présidentielles de 2010  étaient-elles crédibles ?

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Nous avons déjà évoqué cela dans nos précédentes publications. L’élection est un acte plébiscité aujourd’hui par toutes les démocraties. Car, elle permet aux gouvernants d’avoir la légitimité politique leur permettant d’exercer un mandat.

Pour tenter de comprendre l’élection d’Alpha Condé en 2010, notre rédaction a mené une série d’enquête à travers des entretiens semi-directifs et l’analyse documentaire (les rapports des institutions nationales et internationales).

Selon les chiffres donnés par la CENI lors du premier tour, Cellou Dalein Diallo candidat de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG)  avait obtenu 43.69% des suffrages,  Alpha Conde, candidat du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) avait obtenu 18.25% et  Sydia Touré de l’Union des Forces Républicaines (UFR), avait obtenu 13.62%.

Le deuxième tour a été donc un duel qui avait opposé le RPG-arc-en-ciel à l’UFDG, pour beaucoup d’observateurs, même  pour le camp Dalein, la présidence était déjà acquise pour l’UFDG, dans la mesure où l’écart était énorme. Mais c’était sans  tenir compte de la sociologie électorale guinéenne, des réserves de voix, de la dynamique électorale, bref des réalités liées au système organisationnel des élections.

Sur les bases des données que nous avons recueillies, plusieurs raisons  expliqueraient l’élection du candidat du RPG au second tour, ce sont : la correction de la  cartographie électorale, les alliances, mais aussi les corrections liées au système organisationnel.

 La correction de la  mauvaise répartition des bureaux de vote

Toutes les études faites sur les élections, ont démontré  que la répartition  géographique des bureaux de vote est déterminante pour la participation électorale. Donc l’on peut dire qu’il a une forte corrélation entre le nombre de bureaux de vote et la participation électorale. Plus les bureaux de vote sont proches des citoyens, plus ils ont tendance à accomplir leur devoir civique.

Selon l’article 64 du code électoral, « Dans les circonscriptions électorales, les électeurs sont repartis par décision du président de la CENI, sur proposition des présidents des démembrements en autant de bureaux de vote que l’exige le nombre des électeurs et les contraintes locales. Les démembrements de la CENI sont aidés dans l’accomplissement de cette tâche par les autorités administratives locales. Les bureaux de vote sont installés en des lieux neutres et faciles d’accès. En tout état de cause, hors des garnisons militaires et des lieux de culte. » (Code électoral ). Autrement dit, cet article prévoit la création d’un bureau de vote accessible aux électeurs afin de favoriser la participation électorale. Si l’on se réfère à cette disposition, et en tenant compte de la situation guinéenne, le jour du scrutin (interdiction de circulation des véhicules), aucun bureau de vote ne doit être situé à plus de à 5 km du lieu de résidence des électeurs. Or, la situation sur le terrain dressait un autre visage lors du premier tour, qui était  lié à la mauvaise répartition des bureaux de vote.

Selon une étude menée par Issaka Souaré docteur en science politique qui s’intitule  « UNE ANALYSE STRATÉGIQUE DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES DE 2010 EN GUINÉE: Comment la tortue a-t-elle dépassé le lapin dans la course ? ». Selon cet article,  « le candidat du RPG a  bénéficié de la correction de la distribution inégale des bureaux de vote entre les régions administratives : Par exemple, au premier tour, les cinq préfectures de la région de Labé, bastion de Diallo, comptaient 1060 bureaux de vote  pour un total de 394 411 électeurs inscrits, tandis que les cinq préfectures de la région de Kankan, fief de Condé, ne disposaient que de 1043 bureaux de vote pour un total de 594 820 électeurs, soit un bureau de vote pour chaque 372 électeurs à Labé, contre un bureau de vote pour chaque 570 électeurs à Kankan. La correction de cette inégalité a permis le vote d’un plus grand nombre d’électeurs dans les bastions de Condé, tandis que Diallo avait atteint, semble-t-il, le maximum de ses voix au premier tour».

De la correction des dysfonctionnements :

Au lendemain du premier tour, plusieurs disfonctionnements ont été révélés par les candidats, et après traitement des différentes revendications, la cour suprême a annulé les votes de plusieurs circonscriptions, ce qui a ramené le taux de participation à 52%. Cela signifie que le vote de près de la moitié des populations n’a pas été pris en compte. Autrement dit, les votes de 48% de guinéens n’ont pas été comptabilisés. Par conséquent,  Pour Issaka « les 43,69% du candidat de l’UFDG pouvaient être facilement rattrapés, voire dépassés par le candidat du RPG si ce dernier parvenait à obtenir la majorité de ces réserves et à bénéficier d’une bonne quantité des voix des candidats malheureux au premier tour ». D’ailleurs le candidat Alpha Condé avait fait un discours dans ce sens « Le taux de participation est tombé à 52%. Ça veut dire que les votes de la moitié des électeurs guinéens n’ont pas été pris en compte. Je suis très optimiste, parce que je pense que le deuxième tour, ce sera un autre vote ». Évidement le deuxième tour était  une autre élection. Pour un de nos enquêtés, la correction des dysfonctionnements a permis à l’alliance de remporter la victoire. « Nous avons tenu une réunion au lendemain du premier, au cours de cette réunion, nous avons demandé à la CENI de reconnaître les erreurs et de les corriger. Si j’ai bonne mémoire, il y avait 22 dysfonctionnements de la CENI. Nous avons dit qu’il est hors de question d’aller au second tour tant qu’on ne résolu pas ces dysfonctionnements. Donc au premier tour, les résultats qui ont été publiés ont faussé la donne, parce que Cellou Dalein Diallo avec 43%, c’était 43% de 40 % de l’électorat. La base n’est plus ça » plus loin, il ajoute. « « Lorsque c’est  4 millions, non 3 millions qui ont voté, donc tu peux considérer un pourcentage normal. Mais dès lors qu’il y a un si grand  écart entre ceux qui ont voté et ceux qui sont inscrits, donc cela a biaisé les pourcentages. C’était donc 43% de 40% pour L’UFDG,  18% de 40%  pour le RPG, 15% de 40% pour l’UFR et 7 % de 40% pour PEDN.  C’est pourquoi j’ai dit  à l’époque quand on était au second tour, faut pas penser qu’avec  43% on est déjà rassuré au second tour avec l’alliance qu’on a faite avec celui qui vient en troisième position, qu’on gagne automatiquement…… Mais ils n’ont rien compris du tout. Moi je tenais compte de l’écart  entre 4 millions et 1.5 millions  qui ont voté au premier tour ».

Le troisième constat s’explique par  le jeu des alliances, qui a profité au candidat du RPG, même si cela semble peu commode, le scenario du deuxième tour ressemblait donc à un duel entre David et Goliath autrement dit un contre tous : (trois régions contre une seule). Dans cette configuration, le candidat de l’UFDG, avait peu de chances de remporter les élections. A cela, il faut ajouter la dynamique  électorale de l’UFDG qui a été cassée par le fait d’accepter un délai de 4 mois entre les deux tours.

En fin, pour les différentes missions d’observation, les élections ont été crédibles. Pour Le chef de la mission d’observation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) « il n’y a pas eu d’irrégularités ni d’incidents majeurs susceptibles d’entacher la liberté, la crédibilité et la transparence de l’élection présidentielle du 07 novembre 2010 en Guinée ». Pour la Mission d’observation électorale de l’UE, « sous l’impulsion d’un nouveau président […], la Commission électorale a finalement su se ressaisir [des dysfonctionnements du  premier tour] et réussir l’organisation d’un second tour techniquement crédible, marqué  par des progrès significatifs en matière d’intégrité et d’exclusivité du vote, et une plus grande transparence dans le processus d’établissement des résultats ».

En somme, sur la base de tous ces recoupements, l’on pourait dire que le deuxième tour des élections de 2010 était crédible, conforme aux réalités des urnes en dépit de quelques irrégularités.

Toutefois, si les résultats montrent la crédibilité des élections de 2010, force est de reconnaitre que celles de 2013 et 2015 ont été les plus truquées dans l’histoire démocratique de la Guinée.

Acte II dans nos prochaines publications

 



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