Personnalité guinéenne de la semaine : L’activiste et l’expert en développement Algassimou Diallo

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Donner de la visibilité aux guinéens qui se battent dans leur domaine et qui apportent de la plus-value dans la construction de la Nation est un élément important de la ligne éditoriale de notre quotidien Guinée Nondi. Cette semaine, l’activiste de l’expert en développement a été choisi par l’équipe au regard de son excellent apport au monde rural depuis plusieurs années et l’enracinement de la démocratie dans notre pays

Avec 17 ans d’expériences professionnelles en Guinée et dans plusieurs autres Pays, Algassimou Poredaka Diallo est titulaire de 3 diplômes post universitaires en Développement local (CIEDEL), Ingénierie des Projets de Coopération (IPC) et Métier de la formation des formateurs. Il intervient avec aisance dans les domaines suivants: Management de Projets et Programmes, Coopération internationale et aide publique au développement, développement local, décentralisation, bonne gouvernance, ingénierie de formation, protection sociale et protection de l’enfance, éducation, alphabétisation, évaluation, capitalisation et gestion des savoirs, planification stratégique et gestion organisationnelle, coaching, recherches et prospectives.

Ce guinéen aguerri en développement, a apporté son expertise et son savoir-faire dans plusieurs domaines : En 2017, il était chargé de la recherche, de l’acquisition, de la coordination des opportunités de marchés et de l’assurance qualité sur les Projets, Programmes et actions ponctuelles pour Health Focus en Guinée et dans la Région Ouest Africaine. Il est aussi le Président du Comité de Gestion de la Coopérative pour le Développement Economique de Porédaka (CODEP) qui est une entreprise sociale ayant pour vocation de valoriser la production dans les filières agropastorales dans la Commune de Porédaka.

Algassimou  a aussi effectué de nombreuses missions dans la sous-région lui permettant d’avoir une grande expertise dans plusieurs domaines. Ces différentes expériences lui ont permis de maitriser des compétences : en Ingénierie de projets, encadrement/formation des équipes opérationnelles, veille quotidienne sur les opportunités de financements, gestion des liens stratégiques avec les partenaires de terrain (Collectivités, Services Techniques et OSC), suivi-évaluation, reporting technique,…

Aujourd’hui, il consacre une grande partie de son énergie  à faire avancer les choses dans le domaine. C’est eu égard à cela qu’il a été choisi comme personnalité guinéenne. Ainsi, le site Guinée Nondi lui a tendu son micro pour un entretien.

Interview

Guinée Nondi : Bonjour Monsieur Diallo

 Algassimou Diallo : Bonjour monsieur Camara

En lisant votre parcours, l’on se rend compte que vous êtes spécialiste en développement local, alors quel regard portez-vous sur le développement local en Guinée. Selon vous, quels sont les outils appropriés pour développer ce secteur clé dans notre pays ?

Cette question très vaste, pour permettre aux lecteurs de comprendre, je commencerais par rappeler que le développement local est né du constat que les politiques macro-économiques et les mesures sectorielles nationales ne s’avéraient plus très efficaces pour résoudre les problèmes qui se posent chaque jour à l’échelle locale (Commune) et régionale (Région en tant que Collectivité) en matière de développement économique et social.

Il faut rappeler que jusque dans les années 90, les pouvoirs et les décisions étaient concentrés au niveau central (Gouvernement et généralement au niveau de la Capitale et certaines grandes villes du pays) et éloignés des préoccupations quotidiennes et des réalités des populations à la base.

Ainsi donc le développement local est une pratique du développement, une méthode de travail, non une nouvelle théorie qui compléterait ou se substituerait aux précédentes au prétexte qu’elles auraient échoué. C’est un processus dynamique dans lequel les acteurs organisés et mobilisés initient et mettent en œuvre des actions sur un espace donné en vue de l’amélioration de leurs conditions de vie.

A voir aujourd’hui la forte densité des populations valides concentrées dans la Ville et de Conakry et les zones minières du pays, il est aisé de constater que c’est un échec en matière de planification et de mise en œuvre des politiques de développement. Si le pays avait réussi à enclencher et soutenir dans la durée un véritable processus de développement économique local à la base, plus de la moitié des populations guinéennes auraient choisi de vivre et travailler en zones rurales car nous étions à la base une population essentiellement tournée vers les activités agrosylvopastorales. C’est l’absence des services publics de base (eau, électricité, éducation, santé, …), d’infrastructures & équipements et surtout d’emplois dans les Communes Rurales qui ont poussé tous les bras valides du pays à vouloir s’installer dans les grandes villes.

Le développement local en Guinée est encore à l’état des discours. En dehors de la Commune de Timbi Madina, je ne connais aucune autre contrée du pays où les populations et les autorités locales sont résolument tournées vers un développement centré sur la promotion des potentialités économiques locales. Beaucoup de grands programmes de développement ont été initiés pour accompagner le processus de décentralisation sans pour autant intégrer la dimension développement locale : ce sont le PACV, le PRCI, le PDSD. Globalement, ces programmes ont renforcé les capacités des élus locaux et aider à réaliser des infrastructures de désenclavement et sociales. Mais, ils non pas spécifiquement travaillé sur l’identification et l’accompagnement des initiatives de promotion du développement économique local.

C’est très bien tout ce que vous venez de décrire, mais concrètement qu’est ce  vous proposez pour développer ce secteur ?

Pour favoriser le développement économique local en République de Guinée, je suggère de :

 »          Rendre effective la décentralisation et l’autonomie des Collectivités locales

 »          Mettre en place les Conseils Régionaux pour déconcentrer la définition et la mise en œuvre des politiques de développement économique au niveau régional

 »          Renforcer la gouvernance locale et surtout au niveau de la transparence des procédures de passation des marchés locaux

 »          Encourager et soutenir la Coopération décentralisée et l’intercommunalité

 »          Promouvoir la formation professionnelle notamment sur les métiers ruraux

 »          Promouvoir l’entreprenariat rural pour booster le développement économique local.

Alors Parlant de la bonne gouvernance dans notre pays, s’il y avait une note à donner, quelle notre donneriez-vous à la Guinée et pourquoi ?

Malheureusement, si je devais noter nos gouvernants, je n’aurais pas été tendre. Je donnerais moins de 5 sur 20. En effet, la bonne gouvernance, est le facteur fondamental pour favoriser le développement économique et social d’un pays notamment à travers la participation, l’inclusion et surtout la transparence.

Selon vous, est ce que l’aide publique au développement est bien gérée dans notre pays ? Donnez les raisons de votre choix

Pour répondre à cette question quelque peu spécifique, il importe dans un premier temps de dire à l’intention de vos lecteurs qui ne sont pas spécialistes du domaine ce que c’est que l’aide publique au développement (APD).

L’APD est née après la seconde Guerre mondiale, dans un contexte marqué par la guerre froide, le début des indépendances et la nécessité de reconstruction de l’Europe et de l’Asie. À partir des années 1960, de multitudes de pays africains devenus indépendants sont admis dans le système des Nations Unies. L’autonomie et la volonté de s’auto-gérer font naître un grand espoir au niveau des populations africaines qui aspirent à un développement social et économique. 

En effet, il faut dire que l’APD comprend des fonds publics, c’est-à-dire des fonds venant des États ou Collectivités accordés aux pays en développement pour promouvoir leur développement économique et social.  Cette aide dite publique est consentie soit sous la forme de prêt ou sous la forme de don. S’agissant des prêts, ils sont accordés à des taux inférieurs à ceux du marché pour pouvoir être considérés dans une logique d’aide publique.

L’APD est consentie directement un gouvernement, dans ce cas on parle d’aide bilatérale (APD bilatérale, soit par l’intermédiaire d’une institution internationale (Aide multilatérale). Même si prêts et dons sont fondamentalement différents à la base, en pratique, il n’en est rien puisque non seulement les prêts sont généralement consentis à des  » conditions souvent favorables « , mais en plus ces derniers bénéficient parfois de soulagement appelés effacement de la dette des pays pauvres.

A préciser que les pays en développement sont ceux qui figurent dans la liste des bénéficiaires de l’aide établie par la Direction de la coopération pour le développement et le comité d’aide au développement (DCD-CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce sont plus de 150 pays regroupant les pays en quatre catégories selon leur revenu par habitant : pays les moins avancés, pays à faible revenu, pays à revenu intermédiaire tranche inférieure et pays à revenu intermédiaire tranche supérieure. Cette liste est revue chaque année par le Comité d’Aide au Développement.

Est-ce que l’aide publique au développement est bien gérée en Guinée ? A mon avis, non, cette aide n’est malheureusement pas bien gérée. La preuve en est que la Guinée est toujours plus de 60 ans après son indépendance dans une précarité économique et sociale lamentable. Pas d’infrastructures, pas d’électricité, pas d’eau potable, le système éducatif et le système de santé sont encore à la traine par rapport aux indicateurs mondialement définis dans ce sens pour apprécier la disponibilité, le fonctionnement et surtout la qualité des services.

Depuis l’indépendance, dans le but de déclencher sa croissance économique de qualité et cohérente, la République de Guinée sollicite et obtient de l’aide publique au développement auprès de ses partenaires bi et multilatéraux. A signaler, qu’entre 1958 et 1980, cette aide était plu sollicitée auprès des pays de l’ancien bloc de l’Est, de la Chine et de certains autres pays arabes. Depuis 1984, suite à la chute du régime Communiste, le Pays a connu de multitudes partenariats aussi bien auprès de Pays amis que d’Organisations internationales régionales et internationales.

Mais d’une manière générale, si le pays a obtenu de ses partenaires techniques et financiers une aide conséquente qui aurait dû produire des effets assez positifs sur ses indicateurs macro-économiques et sur le niveau de vie des populations, il faut affirmer que globalement le bilan est très décevant.

Les raisons qui justifient cet échec sont multiples, ici je citerai entre autres :

–           La faible capacité technique des ressources humaines ;

–           L’absence d’un cadre transparent de gestion des fonds alloués par les partenaires ;

–           Les faibles capacités techniques en termes de définition et de planification des politiques publiques de développement ;

–           Les détournements de deniers publics, des projets et programmes d’infrastructures et d’accompagnement des initiatives phares de développement ;

Toutefois, on ne peut pas imputer toutes les causes de l’échec du développement de la Guinée aux gouvernants du Pays. Les Partenaires techniques et financiers ont aussi leur part de responsabilité. Généralement, les bailleurs fonctionnent dans le pays à l’image de ceux qui incarnent la puissance publique. Le laxisme dans l’attribution des fonds, la corruption dans la gestions et l’inadéquation des conseils et des stratégies d’accompagnement du pays par les Experts et Assistants Techniques financés par ces bailleurs n’ont pas permis de gérer les aides au profit des populations.

Aujourd’hui, à l’instar des autres pays du monde, la Guinée traverse une crise sanitaire, selon vous, quelles sont les mesures nécessaires pour juguler la pandémie dans notre pays ?

Ici, n’étant spécialiste du domaine, je ne pourrais pas m’y étendre. Néanmoins, j’ai particulièrement apprécié les mesures identifies et recommandées au Chef de l’Etat et à l’ANSS par le Comité Scientifique mis en place en République de Guinée pour la riposte contre le COVID-19. Nous attendons de voir si les moyens et la volonté politique nécessaires seront mis à leur disposition.

Avez-vous des commentaires à faire sur la dernière affaire qui a secoué notre gouvernement suite au rejet du plan de riposte par la banque mondiale ?

Personnellement cela ne m’étonne pas en effet. J’ai été de ceux qui ont réclamé à travers les réseaux sociaux la nécessité pour le Gouvernement Guinéen à l’image des autres pays de la Sous-Région de définir et disséminer un Plan de Riposte.

Mes préoccupations étaient de savoir quelle était la capacité d’anticipation de nos gouvernants face à une crise internationale. Malheureusement, quand le Premier Ministre a rendu public son Plan, j’ai aussitôt crié au scandale et à la déception car le plan était nul et toutes les mesures économiques et sociales préconisées étaient fantaisistes, inadaptées et surtout démagogiques. Aucune d’elles n’était en réalité susceptible d’être implémentée à l’avantage des Guinéens surtout des couches démunies. Au plan sanitaire, c’était encore plus décevant. C’est pourquoi, je n’étais pas du tout surpris du rejet de ce plan par la Banque Mondiale.

C’est du pire amateurisme au sommet de l’action publique du pays. Les mesures économiques préconisées et notamment les coûts estimatifs étaient malhonnêtes et visaient à détourner les ressources publiques ou à enrichir des proches des membres du Gouvernement. Pendant ce temps, les Guinéens de l’extérieur et les populations vivants à l’intérieur du pays ont totalement été ignorés par les mesures d’accompagnement économiques.

Le cinéma qui se joue actuellement entre le Premier Ministre, le Ministre de l’énergie et celle du Plan et de la Coopération internationale est une preuve palpable que le pays n’a plus une administration et que l’Etat est en faillite. Plus aucune once de crédibilité auprès de nos partenaires au développement. Le moindre document fournit par le pays est scruté au peigne fin.

Quel est votre dernier mot ?

Justice en Guinée. Que tous les Guinéens sachent que le jour où nous aurons des dirigeants, justes, intègres et compétents, le pays sera un coin de paradis sur terre. Je le dis après avoir parcouru une quarantaine de pays à travers le monde. Et je remercie pour cet entretien.

C’est nous qui vous remercions monsieur Diallo



Sonny CAMARA

Administrateur Général


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