(Tribune) : Bien difficile d’être jeune en Guinée! IbOu Diallo

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Jeunes, femmes….ces concepts, sous forme de thèmes, reviennent en boucle dans les vocables dont usent nos politiques. Que l’on soit en campagne électorale ou à l’occasion des crises politiques récurrentes, ils font la trame des discours des décideurs.

L’héritage qu’on est en passe de  léguer à la jeunesse guinéenne est lourd et difficile à porter. Une jeunesse victime de son éducation, de sa formation et de sa propre responsabilité. Elle sombre dans l’abandon, le chômage et dans la médiocrité avec la complicité des aînés qui jouent au blaguer-tuer avec elle.

Le chômage  de jeunes en Guinée est plus complexe que dans les autres pays de la sous-région. Difficile d’expliquer. D’autant que nos dirigeants se vantent d’une relative croissance économique qui aurait pu permettre de faire face à ce volet-là. Que dire du manque d’initiatives entrepreneuriales chez les jeunes ? Qui de la volonté authentique et du pouvoir réel de nos dirigeants à adresser la délicate problématique des jeunes guinéens ? 

Nos dirigeants se  préoccupent peu d’une jeunesse laissée à elle-même. Elle est sujette à manipulation à tout bout-de-champ. C’est le bouc-émissaire, l’agneau de sacrifices des politiques sans vergogne. Mais c’est en même temps une bombe à retardement. Sur ce point, Alpha Condé n’a pas tort. Même s’il ne donne pas l’impression d’en avoir tiré toutes les conséquences. Mais il convient d’admettre qu’à la moindre  étincelle, c’est la jeunesse qui explose « Boom ». Actrice, cible et victime des violences dont d’autres récoltent toujours les fruits. .

Dans la réalité et au-delà des discours, qu’avons-nous ? Des millions de jeunes en proie au désœuvrement et sombrant dans le désespoir. Des jeunes côtoyant la délinquance et le vol. Des jeunes s’alliant au trafic et à la consommation de drogue et à l’alcoolisme. Des jeunes s’adonnant au jeu de hasard et à la prostitution. Mais il y a plus préoccupant. Ce sont ces jeunes que nous poussons par notre irresponsabilité collective à la migration irrégulière avec le drame et la tragédie auxquelles celle-ci renvoie. 

En effet, combien de corps de jeunes guinéens sont-ils refoulés par les eaux froides de Lampedusa, de Las palmas, des Iles Canaris et d’ailleurs ? Personne ne le sait. Elles sont combien ces guinéennes séquestrées et contraintes aux travaux forcés  au Koweït? Ce chiffre non plus, on ne le connait pas. Nos compatriotes qui sont fréquemment et froidement assassinés en Angola et ou qui attendent péniblement l’ultime souffle dans les geôles de Luanda, qui en connait les statistiques ?

Quid des Guinéens accueillis dans des centres d’accueil pour clandestins en Europe ou de ceux qui, bien qu’étant encore en Guinée, sont pourtant candidats à ces aventures risquées à la recherche d’un lendemain de « rêve »? La liste est loin d’être exhaustive. Mais toutes ces facettes renvoient à une seule réalité : la vulnérabilité du jeune guinéen. Vulnérabilité qui fait de lui une proie facile pour les recruteurs terroristes.

La Guinée, c’est un pays injuste et  égoïste à l’égard de sa jeunesse. Pour bénéficier d’un emploi, il faut avoir de la baraka. Ce qui suppose qu’il faut tout d’abord avoir un proche bien placé ou détenir un diplôme d’une école qui ne soit pas guinéenne. Dans certains services (privé et public) ceux qui ont la chance de décrocher un poste, font aussitôt face à l’expérience du stress mortifère lié à la pénible circulation matinale à Conakry et aux nombreuses corvées d’employeurs souvent grincheux.

Le fonctionnement actuel du personnel de l’administration  est l’exemple même de ce mécanisme de blocage de responsabilité et d’insertion socioprofessionnelle. Les méthodes de recrutement de jeunes sont illustratives. Quant à l’armée, le port du treillis militaire est assujetti à des pratiques suicidaires. 

Tel est malheureusement le tableau de bord de jeunes guinéens en quête  d’une issue meilleure. Dans tous les cas, l’Etat doit se pencher avec plus de sérieux sur la question de l’adéquation de la formation au marché d’emploi. Un marché devenu si exigeant et concurrentiel qu’il est pratiquement inaccessible au diplômé en licence.

Nous devons, quoiqu’il en soit tout reconstruire à commencer par les valeurs intellectuelles et humaines, sans lesquelles, il est difficile de parler d’avenir de cette jeunesse. Rappelons que le jeune d’aujourd’hui est appelé à être l’adulte de demain. Alors, quel héritage préparerons-nous pour notre pays? Une question dont la réponse place chacun de nous face à ses responsabilités individuelles et collectives !

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IbOu Diallo

Jeune MoDeL, citoyen guinéen



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